On en découvrira toujours concernant nos jouets des années 80 et 90. Même si j’ai prononcé cette phrase un nombre de fois incalculable lors de discussions avec d’autres amoureux de nos déclinaisons plastique d’enfance, je reste toujours autant surpris – et même émerveillé – lorsque je mets la main sur des spécimens alors uniquement théorisés jusque-là.
Aujourd’hui je souhaiterais partager au sein de notre cher webzine FulguroPop une découverte aussi soudaine qu’inattendue – et pas des moindres à mes yeux – concernant la licence S.O.S Fantômes sacralisée dans l’univers du jouet par le fabricant Kenner.
Alors je sais que cette découverte paraitra probablement anodine pour la majorité du lectorat, ce que je comprends aisément, mais pour ma part ce fût un véritable bouleversement, et je pèse mes mots. Le spécimen qui illustrera cette petite production permettra de corroborer dans le détail – j’insiste – des témoignages alors partiellement illustrés jusqu’ici. Bonne lecture à toutes et tous.

La série des Cache Démons constitue un véritable best-seller à l’intérieur même de la gamme de jouets S.O.S Fantômes développée par la firme Kenner. L’année 1988 en France, et plus précisément dès son printemps, verra débarquer dans les rayonnages de drôles de personnages habités par des esprits démoniaques.
Particulièrement atypiques, les Cache Démons – au nombre de six – deviendront très rapidement un succès commercial et populaire. Plusieurs décennies après, notre mémoire collective est encore imprégnée de ces jouets qui symbolisent toute une époque bercée par l’insouciance, le déluré et le fun, comme je m’amuse à dire souvent.

Dans un précédent dossier rédigé en 2023 – que je vous invite à (re)lire afin de mieux appréhender celui d’aujourd’hui – j’avais évoqué la distribution des cartes FR/NL des Cache Démons spécifiquement à travers le prisme du marché français. Pour rappel, il existe – à ce jour et à ma connaissance – deux tirages de ces cartes jumelées pour le Benelux et l’Hexagone. D’abord une première version sans le logo C.E, moins courante sur le marché de la collection de jouets dit « vintage ».

Suite au vote et à l’application de la normalisation sécuritaire européenne dès le mois de mai 1988, soit quasi simultanément avec le lancement de la commercialisation des Cache Démons, le modèle d’impression des cartes fut mis à jour avec un léger différé, d’où la production d’une seconde mouture de blisters avec la présence d’un logo C.E recto/verso. Ces derniers ont une représentativité nettement plus élevée sur le marché du jouet vintage, par opposition aux premiers tirages.

Ceci dit, entre ces deux types de cartes estampillées S.O.S Fantômes se trouvent des versions que je qualifierais de « transitionnelles ». En effet, des blisters FR/NL Cache Démons sans le logo C.E ont été re-stickés afin d’être commercialisés en toute légalité. Lors de mes nombreux échanges au sujet de ces cartes transitionnelles RGB, notamment avec Jouck, j’ai pu collecter au moins deux sources concernant ces stickers correctifs.
D’abord des autocollants posés par des employés de chez Kenner sur les cartes déjà produites et centralisées en usine. Mais aussi d’hypothétiques rouleaux de stickers distribués directement aux revendeurs professionnels afin qu’ils puissent mettre à jour et commercialiser, toujours en toute légalité, les stocks de cartes Cache Démons sans le logo C.E déjà acquis. Je parle de revendeurs de jouets professionnels, mais j’inclus également les papeteries et autres marchands de journaux, précisément ceux qui avaient du jouet dans leurs commerces, une pratique courante notamment dans les années 80 et 90.

Ci-dessus une carte transitionnelle de Mamy Beurk sans le logo C.E et avec le fameux sticker correctif afin de souscrire à la normalisation sécuritaire européenne. Mettre la main sur ce type de spécimen m’avait bouleversé à l’époque. J’ai pensé spontanément qu’un seul type de sticker correctif existait et qu’il avait été utilisé pour couvrir l’intégralité du territoire français.

Comme évoqué en préambule, les jouets de notre enfance n’ont pas fini de nous surprendre. En effet, j’ai eu l’occasion de mettre la main sur un petit dead stock de jouets des années 80 provenant d’une ancienne papeterie. Au sein de ce lot se trouvait une carte S.O.S Fantômes de la série Cache Démons, en l’occurrence celle de Croc’Pioche (Hard Hat Horror en V.O), l’ouvrier de chantier aux gros bras renfermant une entité vampirique.
Lorsque j’ai reçu les clichés du lot, j’ai eu l’agréable surprise d’observer qu’il s’agissait d’un premier tirage sans le logo C.E. Ceci dit, le propriétaire ne m’avait pas envoyé de photos illustrant le dos de la carte. Vu l’état exceptionnel et le tarif, je n’ai demandé ni mon reste, ni des visuels du cardback, et j’ai conclu rapidement la transaction.
A la réception, la carte Cache Démons de Croc’Pioche présente dans le lot apparaissait superbe, avec une bulle parfaitement intacte, cristalline, et un front card littéralement en état dead stock. Mais qu’elle ne fut pas mon immense surprise lorsque j’ai voulu examiner le dos du blister. Voici ce que j’ai reçu.

Concernant le front card, pas de surprise, nous sommes bien en présence d’une carte FR/NL, précisément celle que nous avons connue au lancement de la série des Cache Démons au printemps 1988 en France. Il s’agit bien d’un premier tirage sans le logo C.E, lequel sera présent en bas à droite sur les éditions successives.
Plus globalement, ce blister de Croc’Pioche est dans un état quasi parfait, ce qui corrobore bien avec la source, en l’occurrence un fond de stock de papeterie confirmé par l’ancien propriétaire. Si le temps me le permet – car ce n’est pas l’objet de cette production – je rédigerais ultérieurement quelques lignes concernant l’action figure de Croc’Pioche au sein d’un dossier dédié.
Je souhaiterais simplement préciser que la pioche qui accompagne le personnage est d’abord singulière car Croc’Pioche est le seul des six Cache Démons à posséder un accessoire amovible. Ensuite la dite pioche – et cela figure encore à cet instant sur certains sites U.S – aurait été réutilisée pour la gamme de jouets Swamp Thing (1990, datation U.S) – également développée par Kenner – précisément pour l’action figure de Skinman. Cette information est absolument fausse.
Trêve de digression, c’est en retournant le blister de Croc’Pioche que j’ai eu la chance de découvrir un sticker correctif présent sur le cardback, un autocollant alors inconnu – d’après mon archivage – jusqu’ici.

Ce sticker correctif comporte bien un logo C.E et semble avoir été apposé assez négligemment. On peut lire la mention « important ! à garder » en cinq langues : anglais, néerlandais, français, allemand et italien, des destinations appartenant toutes à cette époque à la communauté Européenne. Plusieurs hypothèses peuvent découler de ce « nouveau » petit sticker correctif et des éléments qui le caractérisent.

D’abord il pourrait provenir de ces fameux rouleaux fournis aux revendeurs de jouets Hexagonaux. En effet, le format réduit du sticker s’inscrirait parfaitement dans une certaine praticité, c’est-à-dire qu’il occuperait peu d’espace sur des rouleaux possiblement moins encombrants, par opposition au sticker correctif illustré sur la carte de Mamy Beurk.
Le point le plus intéressant réside dans la présence de cinq destinations différentes sur l’autocollant. Cette configuration ne m’est pas inconnue, puisque j’avais centralisé une version de sticker correctif utilisée pour le marché anglais, lequel est doté d’un encombrement textuel supérieur, toujours avec les cinq pays mentionnés jusqu’ici.
L’idée qui en découle est que Kenner à très certainement normalisé ses stickers correctifs – en se calquant sur le modèle générique des copyrights présents sur les cardback européens RGB de 1988 – afin qu’ils puissent être utilisés dans les différents pays concernés. Il existe donc au moins trois versions de cet autocollant mais possiblement davantage. L’avenir nous le dira peut-être.
Reste à chronologiser ces trois stickers correctifs. A cet instant, je dirais que le plus ancien pourrait être celui présent sur le cardback de Mamy Beurk. L’autocollant découvert sur le blister de Croc’Pioche serait possiblement une version intermédiaire, laquelle précèderait le sticker correctif illustré ci-dessous. A confirmer.

Epilogue
Je me fatigue moi-même. Qui pourrait être intéressé par une telle découverte ? Uniquement une microscopique poignée de personnes, clairement. Pour autant, c’est un véritable émerveillement en ce qui me concerne. Non seulement la dimension de la surprise, de l’inattendu, a apporté une certaine saveur à la découverte de ce sticker correctif, mais surtout ce sujet a nourrit tellement de discussions avec quelques illuminés – et ce depuis très longtemps – que trouver physiquement à environ trois années d’intervalle deux variantes relève de l’impensable.
Nos jouets des années 80 et 90 réservent encore de nombreuses surprises, il reste bien des choses à découvrir, à analyser, à appréhender. Ce qui est formidable, c’est de finir par mettre la main sur ce qui a été théorisé pendant de longues années, et ainsi mieux comprendre comment les gammes de jouets que nous avons connues durant notre enfance sont nées, ont vécu et se sont éteintes.
Parallèlement, valider une théorie demande parfois beaucoup de temps et de précaution. Le conditionnel, qui m’est cher, est très souvent nécessaire, à la fois par humilité mais surtout afin d’éviter l’écueil de la certitude prématurée. C’est finalement une méthodologie assez proche du domaine scientifique où de nombreux cas et essais sont obligatoires pour définir justement les choses.
J’espère que cette petite capsule vintage fut agréable à parcourir, malgré un sujet clairement de niche. Rendez-vous d’ici peu afin de (re)découvrir ensemble un jouet des années 80 et/ou 90. Merci à toutes et tous pour vos lectures.
Cette production est dédiée à celui qui a probablement le mieux compris en France la gamme de jouets S.O.S Fantômes par Kenner, l’irremplaçable Jouck. Je souhaite également associer à ce modeste dossier le jeune mais néanmoins brillant Nicolas alias Umoteck, ainsi que l’inénarrable Matthieu alias Monsieur Toys.












Quelle découverte, Nicko. Je sais que la plupart des gens (et des collectionneurs) trouveront ces détails insignifiants, mais en tant que passionné par la dimension industrielle et parfois artisanale ou artistique des jouets, j’adore ce genre d’enquêtes palpitantes. Cela me rappelle les échanges avec Fansolo sur le carte Meccano Star Wars.