FulguroZik : critique de l’album 10 Babymetal Budokan (2021)

 

Aujourd’hui je vous propose une petite critique musicale, un exercice dont je ne suis pas friand. En effet, j’ai toujours eu des difficultés à entrer dans une posture d’inspecteur des travaux finis et durant mon modeste parcours professionnel, j’ai systématiquement refusé toutes les propositions qui m’ont été faites pour occuper un poste de jury, même si celui-ci peut être nécessaire sous certaines conditions. Je préfère acter en amont afin de préparer, accompagner, former et finalement aider à se réaliser.

Pour autant, l’éditeur No Exit Press, que je remercie, a eu l’extrême amabilité de me faire parvenir un exemplaire de l’album live anniversaire du groupe Babymetal, 10 Babymetal Budokan. Aussi j’ai accepté exceptionnellement de jouer le jeu qui consiste à rédiger une critique musicale au sein du magazine. Il faut réellement percevoir cette production comme une approche nourrie par la découverte, la proposition et l’avis mais certainement pas comme un jugement ou une inspection.

 

 

Je connais le groupe Babymetal depuis quasiment sa création, précisément en 2010. C’est une formation très controversée – chez ce que j’appellerais les puristes du métal au sens large du terme – qui génère une véritable scission entre les traditionnalistes et possiblement une génération plus jeune composée d’afficionados de la première heure.

Définir le groupe Babymetal est plus complexe qu’il n’y parait car même si un A.D.N métal est incontestable selon des codes bien précis (sonorités, tempi, harmonies etc…), la formation propose une identité au croisement de la pop, du synthétique, du speed et du heavy au point que cette hybridation ait donné naissance à un style possiblement à part entière, le kawaï métal.

À travers ce dénominatif précis, on entre pleinement dans l’identité culturelle profonde du groupe qui est bien évidemment japonais. Sur le plan musical, on retrouve des éléments propres aux compositions nipponnes dans le registre du métal, notamment cette association guitare électrique/clavier sous couvert de tempi dynamiques. Sans compter non pas une mais trois jeunes voix féminines (deux principales et une secondaire) qui sauront parfaitement cultiver esthétiquement une vision à la fois kawaï, animée et gothique, en fonction des costumes portés sur scène.

 

 

Selon une sensibilité personnelle, je considère le groupe Babymetal comme intéressant et leur musique divertissante. Ceux qui me connaissent depuis longtemps savent que je suis biberonné à Iron Maiden depuis l’adolescence. Nicko McBrain est mon drum héro et je porte en moi un génome de métalleux même si depuis plusieurs années le jazz fusion est devenu ma véritable religion.

On dit de manière populaire que comparaison n’est pas raison et je crois justement qu’il faut extraire le groupe Babymetal de certains codes qui ont bercé le métal au sens large du terme. La fusion des genres peut donner naissance à des originalités, des O.V.N.I, des courants dont il serait contreproductif et même irrationnel de vouloir les placer dans des cases pré-faites depuis des décennies.

Non, je pense fondamentalement que le groupe Babymetal est à prendre comme une bulle atypique divertissante, aux racines plurielles, et marquée par une culture forte, en l’occurrence nippone. À titre personnel, je n’écouterais pas régulièrement cette formation, seulement à très petite dose, mais force est de constater que sur le plan musical, il se passe quelque chose d’intéressant. Laissez-moi le temps de quelques lignes pour vous en parler à travers l’album 10 Babymetal Budokan.

 

Le format double CD

Il existe plusieurs versions de l’album 10 Babymetal Budokan, audio ou encore vidéo. Ainsi il est possible de se procurer une édition CD, vinyle ou encore Blu-Ray. C’est précisément le tirage double CD qui a été gracieusement expédié à mon domicile.

L’objet, si j’ose dire, est de bonne facture à travers un design simple et épuré. La double pochette a été réalisée dans un carton qualitatif avec une impression très correcte. L’album s’ouvre en deux et nous laisse découvrir un grand visuel de la salle mythique du Budokan à Tokyo spécialement agencée pour le groupe Babymetal.

 

 

Les deux CD comportent chacun un visuel quasi identique et ils se glissent dans les parties latérales de l’album. Une petite originalité qui diffère du traditionnel système à fixation centrale.

Les visuels utilisés pour l’extérieur de l’album ont une aura très mystique qui colle finalement à une partie de l’identité relative au groupe Babymetal. Pour les collectionneurs de CD et amateurs de pochettes musicales, le design de l’album 10 Babymetal Budokan – en version double CD classique –  fera le job très correctement sans apporter des particularités esthétiques remarquables.

 

 

Le contenu

Au-delà des deux CD et de la pochette cartonnée, vous ne retrouverez dans cette édition du 10 Babymetal Budokan aucun autre document. On aurait apprécié un petit livret contenant quelques clichés pris durant les performances en live.

Il doit certainement exister un tirage « deluxe » concernant cet album avec du contenu supplémentaire. Il est tout de même regrettable qu’un format double CD n’ait pas à minima ce que j’appelle un document volant. C’est finalement dans l’air du temps avec une tendance globale à l’épuration du physique au profit du dématérialisé.

L’album 10 Babymetal Budokan contient 8 titres sur le premier CD et 5 sur le second. La totalité des pistes offre quasiment 1h30 de musique, ce qui est – au prorata du nombre de morceaux –  très honorable tout en laissant sous entendre des compositions plutôt longues.

 

 

L’enregistrement

Selon le matériel de lecture que j’utilise, il est important de dire que la qualité d’enregistrement de l’album 10 Babymetal Budokan apparaît comme très bonne. Il est toujours complexe de réaliser des captations dans des conditions en live qui puissent retranscrire l’ambiance d’une salle de concert tout en préservant la dimension musicale.

Je trouve l’équilibre parfaitement ajusté concernant l’album 10 Babymetal Budokan avec une écoute qui nous projette dans un lieu de spectacle survolté, à l’image de la musique proposée.

 

 

La musique

L’album commence par une introduction dispensable pour une écoute à domicile. Celle-ci prendrait tout son sens si on la contextualise dans une salle de concert en live. Il faudra pas moins de 6 minutes pour que cette introduction très dark démarre avec quelques accents death métal.

Sans détailler l’album morceau par morceau, car ce serait très fastidieux et peu ergonomique sur le plan rédactionnel, j’ai eu un coup de cœur pour le second titre (Ijime, Dame, Zettai) de l’opus 10 Babymetal Budokan, lequel est très mélodique. Certains passages m’évoquent clairement des openings d’animés japonais ou encore des musiques d’accompagnement pour des jeux vidéo de combat comme Bloody Roar 3.

De manière globale, les feelings musicaux de l’album sont assez hétérogènes. On passe de séquences très légères et fun à des passages très lourds aux riffs musclés. Certaines parties sont également assez émotionnelles.

D’un point de vue technique, ça joue clairement. La technicité/performance est une composante profonde de la culture japonaise. Les musiciens présents sur scène proposent une certaine virtuosité, notamment à la batterie, avec des tempi très élevés et un jeu de double pédales particulièrement dynamique. Les soli à la guitare électrique sont virevoltants et on se surprend parfois à bouger la tête.

D’autre part les voix féminines ont gagné en maturité, puisque pour rappel les chanteuses étaient très jeunes lors de la création du groupe (de mémoire moins de 14 ans). Objectivement, certaines séquences vocales sont tout simplement magnifiques. Je pense spontanément au titre The One.

 

 

Epilogue

L’album 10 Babymetal Budokan est représentatif d’une identité, je dirais même d’un univers, celui du groupe Babymetal. Un croisement entre divertissement, musique pop, folklore scénique et A.D.N métal qui ne laisse pas indifférent, c’est certain. Dix années d’existence et de succès à l’échelle internationale sont à prendre en considération.

Il me semble capital d’écrire à nouveau qu’il est absolument contreproductif de vouloir nécessairement mettre en opposition la formation Babymetal avec la culture métal au sens large du terme. Je pense parallèlement que ce groupe est initialement un produit, une fabrication marketée destinée à attraper au vol un audit qui n’est pas nécessairement mélomane ou en tout cas nourri par une culture/expérience musicale aiguisée.

« Il n’existe que deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise ». On attribut à tort la phrase précédente à Miles Davis alors qu’elle aurait été prononcée par Duke Ellington. Je pense fondamentalement que la musique de Babymetal est bonne et qu’elle est parfois durement jugée car mal contextualisée. Sans compter certaines visions, étroites, qui voudraient que le métal soit nécessairement associé à du noir, des barbus, des tatoués, de la bière ou je ne sais quels autres éléments perçus comme incontournables/indispensables.

Finalement la Musique avec un grand M n’est qu’une vision, au même titre que n’importe quelle autre forme d’art. Demandez à dix artistes peintres différents de réaliser une pomme sur une toile sans se consulter auparavant, il est quasi certain qu’aucune ne ressemblera à une autre. Faut-il pour autant nécessairement les comparer et les classer ? Absolument pas car chacune d’elle sera le produit d’une sensibilité, d’une somme d’expériences, d’une histoire, d’une formation, d’une éducation, d’une vision. Certains observateurs seront touchés/conquis par une proposition, d’autres pas.

En dernière instance, je tiens spécifiquement à préciser qu’aucun partenariat financier n’a été préalablement établi avec No Exit Press. Je n’ai perçu aucune rémunération qui aurait pu orienter mon appréciation. C’est d’ailleurs une configuration que j’aurais catégoriquement refusé. Ma critique musicale a été réalisée en toute liberté et les propos qui y sont associés n’engagent que ma modeste personne. Merci à tous pour vos lectures.

4 comments

J’ai toujours eu du mal avec ce groupe, pourtant j’apprécie le métal japonais, jpop, kpop. Je te rejoins sur les voix qui sont maintenant bien plus agréable à l’écoute.
Il faudra que j’écoute ce live à l’occasion.

Nicko says:

Je pense vraiment qu’il y a des morceaux qui valent le détour sur cet album anniversaire, dont The One. Personnellement j’écoute sporadiquement ce genre de musique, c’est clairement un style qui ne m’accompagne pas au quotidien, par opposition au jazz par exemple. Et effectivement, les voix du début étaient aussi difficilement audibles me concernant. Je trouve qu’à l’heure actuelle c’est beaucoup plus harmonieux. À l’occasion Furynette dis moi ce que tu as pensé de cet opus 10 Babymetal Budokan.

Fabrice says:

J’aime toujours autant l’approche que tu peux avoir sur tes dossiers, c’est top !
J’ai eu l’occasion d’écouter ce groupe depuis d’anciens morceaux et pour ma part, j’aime beaucoup leur identité qui a toute sa place dans ce style de musique.
J’aime leur brin de folie et la technicité qui reflète bien leur origine.
Il va juste falloir que je me déniche ce dernier album.
Merci pour cette lecture.

Nicko says:

Merci Fabrice pour ton message et ta lecture 🙂

Je profite de ton intervention pour t’adresser mes meilleurs vœux. Babymetal est un groupe à l’identité visuelle forte. C’est possiblement une composante de ce style pop/métal/kawaï nippon. On ne reste pas indifférent à l’esthétique scénique de la formation lorsqu’on a une sensibilité pour le Japon, ou en tout cas lorsqu’on a grandi avec des animés. Et sur le plan musical strict, je peux te dire que ça joue. Pour être pratiquant d’un instrument depuis plusieurs années, tout en étant nourri quotidiennement à la musique au sens large du terme, l’album 10 Babymetal Budokan illustre un véritable savoir-faire et une réelle technicité. L’enregistrement est véritablement qualitatif.

Concernant l’acquisition de l’album, si tu n’arrives pas à en obtenir un, je te ferai parvenir mon exemplaire. J’ai eu également à disposition une version MP3.

C’est moi qui te remercie à nouveau Fabrice pour ta présence 🙂

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