Une fois n’est pas coutume, mais je saisis l’occasion d’un article publié un 14 juillet, je vais évoquer une scène tirée d’un film en costume, une adaptation d’un roman d’Honoré de Balzac, Le Colonel Chabert.
Réalisé par Yves Angelo en 1994, ce film historique est remarquable par bien des aspects. Sa galerie de portraits assurée par des stars de la trempe de Depardieu, Rich, Dussolier, Prévost, Ardant ou Luchini n’en est certes pas des moindres. Toutefois, parmi les moments marquants de cette chronique de la Restauration, c’est la reconstitution d’un épisode napoléonien, la charge des cuirassiers à la bataille d’Eylau (1809) qui se distingue nettement.
Voyons ce qu’en disait Balzac dans le roman, c’est Chabert qui s’exprime.
« Monsieur, dit le défunt, peut-être savez-vous que je commandais un régiment de cavalerie à Eylau. J’ai été pour beaucoup dans le succès de la célèbre charge que fit Murat, et qui décida le gain de la bataille. Malheureusement pour moi, ma mort est un fait historique consigné dans les Victoires et Conquêtes, où elle est rapportée en détail.
Nous fendîmes en deux les trois lignes russes, qui, s’étant aussitôt reformées, nous obligèrent à les retraverser en sens contraire. Au moment où nous revenions vers l’Empereur, après avoir dispersé les Russes, je rencontrai un gros de cavalerie ennemie. Je me précipitai sur ces entêtés-là.
Deux officiers russes, deux vrais géants, m’attaquèrent à la fois. L’un d’eux m’appliqua sur la tête un coup de sabre qui fendit tout jusqu’à un bonnet de soie noire que j’avais sur la tête, et m’ouvrit profondément le crâne. Je tombai de cheval.
Murat vint à mon secours, il me passa sur le corps, lui et tout son monde, quinze cents hommes, excusez du peu ! Ma mort fut annoncée à l’Empereur, qui, par prudence (il m’aimait un peu, le patron !), voulut savoir s’il n’y aurait pas quelque chance de sauver l’homme auquel il était redevable de cette vigoureuse attaque. Il envoya, pour me reconnaître et me rapporter aux ambulances, deux chirurgiens en leur disant, peut-être trop négligemment, car il avait de l’ouvrage : « Allez donc voir si, par hasard, mon pauvre Chabert vit encore ? »
Ces sacrés carabins, qui venaient de me voir foulé aux pieds par les chevaux de deux régiments, se dispensèrent sans doute de me tâter le pouls et dirent que j’étais bien mort. L’acte de mon décès fut donc probablement dressé d’après les règles établies par la jurisprudence militaire. »
Et maintenant regardons la scène créée par Yves Angelo en 1994 pour son adaptation du roman. Tournée en Pologne, la charge est magistrale.
Témoignage de sa qualité, la séquence fut montrée dans l’exposition organisée en 2021 par le Grand Palais à la Grande halle de la Villette dans le cadre de la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon. C’est ainsi que j’ai présenté le film d’Angelo à mon fils alors âgé de 13 ans.
Le film a même droit à sa diffusion dans l’auditorium du Musée de l’Armée situé à l’Hôtel des Invalides.
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