Dossier : la monnaie dans Star Wars

La franchise Star Wars nous a donné un univers incroyablement riche à explorer. Pourtant parmi les aspects de la vie quotidienne qui restent encore peu évoqués, j’ai choisi aujourd’hui de vous parler d’argent. Nous verrons que « l’argent » peut prendre des sens et des formes variées sur terre comme dans une galaxie lointaine très lointaine. En effet, le terme désigne des unités de compte, une réserve de valeur et un intermédiaire pour l’échange. Dans ce dernier cas, il s’agit le plus souvent de pièces et des lingots dont on trouve des dizaines de représentations dans les films et séries Star Wars.

L’argent tient une place bien identifiée dans les films. Dès La Guerre des étoiles, les héros commandent des boissons à la cantina. Han, après avoir tué Greedo, n’oublie pas de laisser un pourboire.

Boba Fett a son trésor de guerre, Anakin rapporte des sous à sa mère après la course de Boonta, Dee-Jay vole des crédits dans un vaisseau… De nombreuses scènes présentent des personnages manipulant des pièces ou des lingots.

Notez cependant qu’avant 1999, aucune unité de compte n’est jamais mentionnée dans la trilogie originale. Il faut attendre La Menace fantôme pour qu’on découvre le nom de différentes monnaies : les crédits républicains s’appellent des dataries et ceux frappés par les Hutts s’appellent des wupiupi, trogat (16 wupiupis) et peggat ( 64 wupiupis).

La valeur des biens de consommation dans Star Wars

Quelques instants auparavant, il a conclu avec ses futurs passagers une transaction financière pour les transporter vers Alderaan. Yan Solo demande 10 000 (sous-entendu crédits, rappelez-vous dans l’OT aucune monnaie n’est nommée) d’avance pour le voyage. Luke lui répond que c’est presque le prix d’un vaisseau. Ben propose une alternative : 2 000 crédits tout de suite et 15 000 en arrivant à Alderaan, pour un total donc de 17 000. La VF évoque, pour une raison assez mystérieuse (mais probablement liée aux contraintes de doublage), des sommes différentes : toujours 2 000 d’avance et 20 000 à l’arrivée.

Les 2 000 crédits sont réunis en vendant le landspeeder XPP-34 de Luke, mais on voit bien se dessiner une échelle de valeurs de biens (ici des moyens de déplacement) dans La Guerre des étoiles. Les jeux de rôle (West End Games puis Fantasy Flight Games) ont bien entendu exploré cet aspect en attribuant un prix aux différents objets que les joueurs peuvent se procurer dans leurs aventures. Ainsi le supplément de jeu de rôle Starship & Speeders de 2020 (un livre appartenant par conséquent au canon Star Wars) propose le prix de 4 500 crédits pour un XP-38 (2 000 crédits étant le prix d’occasion) alors que les sources de l’univers étendu (Star Wars Legends) allaient jusqu’à 10 500 crédits. Je trouve le nouveau prix plus en ligne avec celui d’un vaisseau, même si la décote de l’occasion semble trop faible. Reste que si l’on compare le prix d’un landspeeder à celui d’une voiture d’occasion dans l’Amérique de la fin des années 70, on ne doit pas être loin d’une parité crédit/dollar.

Autre point de comparaison, dans The Mandalorian (S02E03), les réparations du Razor Crest sur Trask coûtent 1 000 crédits. Quelque temps plus tôt, il lui en avait coûté 500 crédits pour faire réparer son vaisseau sur Tatooine chez Peli Motto (S01E05).

Je pense que cette réflexion et son résultat ne sont justes que parce que les prix inventés par les auteurs de suppléments de jeux de rôle sont spécifiquement basés sur les prix d’objets terriens. Par exemple un fusil d’assaut M4 coûte dans les 1 400 $, et comme par hasard la carabine laser Blastech E-11 coûte 1 000 crédits.

Jetons donc un oeil aux tarifs envisagés en 1987 pour la plupart des accessoires que pouvaient se procurer les personnages du jeu de rôle Star Wars original (Star Wars Sourcebook, West End Games, 1987).

Mais revenons en aux autres fois où les films et séries Star Wars ont parlé d’argent.

Les crédits occupent une place importante dans le film Solo : A Star Wars Story. On y apprend par exemple que 100 kilogrammes of de coaxium raffiné coûte 60 millions de crédits.

Dans ce même film, Han Solo utilise justement une dose de coaxium sur Corellia pour corrompre un agent des migrations et passer le contrôles de l’astroport de Coronet. Je n’ai jamais compris comment Han Solo comptait quitter l’astroport s’il n’avait pu rejoindre les forces armées impériales à la faveur d’un bureau de recrutement opportunément placé en zone d’embarquement. Rappelons qu’il n’a aucun moyen financier et qu’il a déjà utilisé le coaxium pour accéder à cet espace. Pour vous faire une idée, voici ce qu’en 1987 (même source que précédemment), West End Games estimait représenter le coût d’un trajet sur un transport hyperspatial. Au minimum 100 crédits pour une place en entrepont (la catégorie la moins chère à bord d’un paquebot).

Toujours dans ce film, l’appât du gain s’illustre aussi dans les jeux de hasard avec deux fameuses parties de Sabacc entre Solo et Calrissian.

Les jeux d’argent sont l’une des occasions où l’on découvre des espèces sonnantes et trébuchantes. Sur Canto Bight, dans le casino on voit un alien confondre BB-8 avec une machine à sous. Le petit droïde utilisera après ces pièces comme projectiles.

La chasse aux primes

Prenons un autre exemple monétaire facile à comparer et qu’on retrouve dans plusieurs sources : les primes sur les fugitifs offertes par la pègre ou par un gouvernement.

Les primes qui pèsent sur les héros de la trilogie originale sont, on l’imagine, assez élevées. Dans les romans et les comics du canon Disney, l’Empire les a mis à prix pour plusieurs dizaines de milliers de crédits pour Han Solo (50 000) et Luke (60 000). Leia aurait une prime impériale sur sa tête de 10 000 000 de crédits.  Mais dans les films nous n’avons d’informations fiables que pour Chewbacca. En effet, dans Le Retour du Jedi, la négociation en Boushh et Jabba commence à 25 000 crédits, s’en suit une contre-proposition à 50 000 pour finir avec un deal à 35 000.

Dans la première saison de The Mandalorian, on découvre plusieurs exemples de primes. Le Mythrol vaut 7 500 crédits, par exemple.

Chambres fortes impériales

Les rebelles dans Andor ont volé 80 millions sur Aldhani, mais la chambre forte contenait bien plus de crédits. Certains observateurs évaluent la totalité de la fortune stockée dans cette base impériale à 500 millions de crédits.

Officiellement cette quantité astronomique de monnaie est censée servir à la paie des forces impériales du secteur. Je ne rentrerai pas dans le débat qui existe en ligne sur le réalisme de ce montant, mais je vais vous en résumer les arguments. Dans la série, les 500 millions (estimation) sont censés couvrir la paie trimestrielle des forces du secteur Cademimu situé dans la Bordure extérieure. Les forces sectorielles impériales (flotte et armée comprises) varient en général selon l’importance du secteur, donc il est possible que le coin paumé qu’est Aldhani puisse servir de chambre forte pour la paie des troupes du secteur. D’autant plus que le secteur Cademimu est décrit comme faisant partie d’une région partiellement explorée de l’espace pas très loin d’une route hyperspatiale, le Celanun Spur comme on le voit dans l’édition 2025 de l’atlas Complete Locations.

La vraie question pour moi c’est pourquoi stocker des crédits intraçables pour la paie des soldats alors que l’Empire a remplacé justement les espèces par des transactions électroniques liées au code d’identité (chain code) ?

Crédits dématérialisés et chain code

En effet, on a vu dans la première saison de The Bad Batch (S01E03) comment l’Empereur avait, dès les premiers jours après son avènement, pris deux mesures très contraignantes pour ses citoyens/sujets. La première fut l’introduction du chain code et la seconde le remplacement des crédits républicains (désormais sans valeur) par des crédits impériaux. En certifiant l’identité et donc la traçabilité de chaque transaction qu’il s’agisse d’acheter un bien de consommation ou de réserver un transport interplanétaire, l’Empire accroît son contrôle sur les populations au moins dans un premier temps.

Au fur et à mesure des transactions, la monnaie change de mains et elle ne devient plus traçable, c’est le principe du billet qu’on retire d’un distributeur. Potentiellement si les numéros étaient relevés à chaque retrait, les autorités pourraient le lier à un individu. Mais une fois que le billet a commencé à circuler il devient intraçable, passant de main en main au gré des transactions parfois banales : payer un restaurant, acheter du pain, ou, dans Star Wars, régler sa note de une cantina après avoir grillé un chasseur de primes trop ambitieux.

Monnaie, souveraineté et contrôle des changes dans Star Wars

Quand on met bout à bout les différentes sources du canon Star Wars, on s’aperçoit donc qu’une partie de l’économie repose sur des transactions intraçables et que, selon les époques et les endroits dans la galaxie, il peut arriver que des systèmes monétaires entrent en compétition.

Ainsi dans La Menace fantôme, les crédits républicains (dataries) ne sont pas acceptés dans l’espace contrôlé par les Hutts. Sur Tatooine, Watto refuse les crédits que lui offre Qui-Gon Jinn pour l’achat d’une pièce d’hyperpropulseur On peut considérer qu’il s’agit simplement d’une manoeuvre scénaristique pour provoquer la chaîne d’événements qui permettra le recrutement d’Anakin dans l’ordre Jedi, mais le concept avait déjà été exploité par divers auteurs (dont l’excellent Timothy Zahn) de l’univers étendu dans les années 90.

Dans The Mandalorian, la guilde des chasseurs de primes sur Nevarro utilise une autre monnaie : les flans de Mon Calamari (Dac). Din Djarin refuse une traque pour 5 000 flans au motif que cela ne couvrira pas les frais de carburant.

Din dépense ses cala flan sur Trask. Il distribue ses trois pièces pour un seul renseignement. Ce qui laisse songeur sur la valeur des pièces.

Dans la bande-annonce du film The Mandalorian & Grogu, Din Djarin semble aussi généreux en offrant une pièce républicaine pour un renseignement sur les Hutts.

Cette pièce fait partie du système monétaire de la Nouvelle république dont on a quelques exemples de hiérarchie de valeur. Ainsi celle-ci vaudrait 100 crédits.

  • Pièce de bronze : 50 Credits
  • Pièce d’argent (forme de goutte) : 100 Credits
  • Pièce d’argent (forme de triangle) : 250 Credits
  • Pièce d’or : 500 Credits

Disney a produit des sets de pièces pour ses boutiques de Dok Ondar dans les parcs abritant un land Star Wars Galaxy’s Edge. On trouve des images de ces ensembles de pièces (impériales, mon cala flans, ancienne république, mandaloriennes et nouvelle république) sur des sites de fans comme celui-ci.

Equilibre monétaire

Voilà qui nous amène à Skeleton Crew et ce qui s’avère probablement être l’exposition la plus importante de liquidités de toute la franchise Star Wars.

Dans cette série, la planète perdue d’At Attin renferme une presse de crédits républicains et des stocks considérables de ces jetons.

L’action de la série se déroule 5 ans après la chute de l’Empire (en 9 ABY selon la chronologie officielle). Et il semble que les crédits de l’ancienne république aient acquis en une trentaine d’années une valeur considérable compte tenu de l’énergie que mettent les pirates à trouver At Attin. Cette revisite de L’île au trésor (et de son adaptation par Disney en La Planète au trésor) de Robert L. Stevenson présente une faille évidente du point de vue du système monétaire. Ce qui confère une valeur aux crédits républicains, c’est leur relative rareté en 9 ABY, si jamais des milliards de milliards de pièces entraient en circulation d’un coup, leur cours s’effondrerait sans l’ombre d’un doute.

Troc et autres indicateurs de valeur

On l’a vu l’un des rôles de la monnaie consiste à évaluer les biens, à mesurer et à comparer leur valeur, mais dans certains cas d’autres objets sont utilisés dans le cadre de transactions. Le beskar vient tout de suite à l’esprit. C’est la récompense promise par le Client à Din Djarin en échange de Grogu. Le précieux métal mandalorien est même transformé en lingots portant l’emblème impérial.

Sur Jakku, en 35 ABY, Unkar Plutt utilise des rations comme monnaie pour payer les ferrailleurs qui lui apportent des pièces détachées des vaisseaux écrasés sur la surface de la planète. Ces habitants peinent à survivre sur ce monde désertique et Plutt veille à les maintenir dans un état de dépendance misérable. Les cours des matériaux récupérés fluctuent de manière imprévisible pour les ferrailleurs. Plutt est cependant prêt à payer cher, 60 rations, des produits techniques rares comme une unité BB.

Voilà qui conclut ce tour d’horizon de l’usage de la monnaie dans Star Wars. J’espère que ce dossier vous aura intéressé. N’hésitez pas à suggérer des thèmes pour de prochains articles dans les commentaires.

Blaster
A suivre

2 comments

rastlin says:

Sacré article. Mais on ne parle pas du latinium? 😉

Ah ah. Live long and Prosper (youp la boum).

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