[FulguroCatch] WrestleMania Week : The Queen Of Villains

WrestleMania 42 se tiendra les 18 et 19 avril prochains à Las Vegas, en direct sur Netflix.

A cette occasion, je vous propose tout au long de cette semaine une série d’articles catchesques afin de vous préparer comme il se doit à cet événement majeur de la WWE.

 

Aujourd’hui, nous allons revenir sur une série japonaise sortie en 2024 sur Netflix et toujours disponible : The Queen of Villains.
Cette mini-série retrace le parcours de la légendaire catcheuse des années 1980 Dump Matsumoto. Nous allons d’abord placer un peu de contexte, puis tenter de vous donner envie de visionner cette excellente série.

INTRODUCTION 

Dans la grande histoire du catch américain, une des constantes est qu’on y retrouve toujours un reflet de la société du moment. Et ça se ressent notamment quant au traitement des catcheuses, et plus généralement des femmes selon les époques.
J’en avais brièvement parler dans mon récent article sur Iyo Sky, au Japon ce traitement a été très différent, et le catch féminin y est depuis longtemps pris très au sérieux.
D’ailleurs, on constate plus généralement que la manière de concevoir de la lutte-spectacle est extrêmement variée selon le pays où elle est pratiquée (exemple avec du catch congolais, c’est assez particulier), mais nous y reviendrons sans doute dans un futur dossier.

LES ANNÉES 1980/90 A LA WWE : LE VIDE

Du côté de la WWE (qui s’appelait encore WWF à l’époque), les matchs féminins ont longtemps été inexistants ou presque.
Quand j’ai commencé à regarder la WWF fin des années 80, les catcheuses n’existaient pas à l’écran, et les femmes servaient principalement de « valets » qui accompagnaient les catcheurs, principalement en tant que faire-valoir.
Puis Alundra Blayze est arrivée, elle était plutôt populaire et montrait de bonnes choses sur le ring, ses adversaires n’étaient malheureusement pas à la hauteur et ses matchs très courts. Mais la venue temporaire de la japonaise Bull Nakano lui a offert une belle rivalité en 1994.
Et c’est à peu près tout jusqu’à ce que la division féminine disparaisse de la WWF en 1995, quand Alundra part avec sa ceinture à la concurrence et la jette à la poubelle dans un moment très impactant. Mais même à la WCW, rien de très marquant pour les filles à ce moment là, il faudra attendre longtemps pour qu’elles reviennent sur le devant de la scène.

LA FOLIE DU JOSHI PURORESU

Pendant ce temps, de l’autre côté de la planète, le « joshi puroresu » (le pro wrestling féminin japonais) a connu son pinnacle avec la fédération majeure de l’époque : la AJW, et ses shows ultra populaires dans les années 80-90.
Contrairement aux USA, les grosses ligues japonaises sont souvent exclusivement masculines ou féminines, avec chacune leurs spécificités. Mais une constante est le style global très physique (le fameux strong style) pour donner plus de réalisme dans les combats.
Avec des noms comme Jaguar Yokota, les Crush Gals, Bull Nakano, Aja Kong, Manami Toyota, Akira Hokuto etc etc, cette génération dorée avait pour but de rivaliser avec les hommes, notamment sur la physicalité des affrontements, voire de les dépasser en termes d’histoires racontées et d’inventivité dans les prises.
Même si on peut avoir du mal de le mesurer ici, les catcheuses japonaises de cet âge d’or ont littéralement inventé le pro-wrestling moderne. Elles remplissaient le Tokyo Dome, leurs rivalités captivaient le Japon tout entier, et elles vendaient également des tonnes de disques.
Les rares fois où des japonaises venaient faire quelques piges à la WWF, on sentait une énorme différence de niveau (comme dans le match où les Jumping Bomb Angels affrontent les Glamour Girls lors du Royal Rumble 1988). Un niveau tellement haut qu’il ringardisait une bonne partie du roster de la WWE, aussi bien chez les femmes que chez les hommes.
Il existe d’ailleurs une théorie comme quoi, suite à ce match des Survivor Séries 1995 où étaient présentes plusieurs japonaises, Vince Mac Mahon aurait décidé de mettre la division féminine de la WWF de côté.
Pour moi, sans internet, dur de savoir ce qui s’y passait dans ces années-là. Tout ce dont je me souviens, c’est des jaquettes de jeux vidéo import avec les visages des catcheuses dessus, et le visionnage d’un docu sur TF1 qu’on peut retrouver sur Youtube (très orienté avec beaucoup de bêtises racontées), tout ça m’intriguait et me donnait envie d’en savoir plus.

LA REINE DES MÉCHANTES

Revenons sur la star du jour : Dump Matsumoto, à l’époque, c’est LA bad girl suprême qui est à l’origine du clan maléfique Atrocious Alliance, qui fera émerger également Bull Nakano (qui prendra logiquement sa suite et aura aussi une carrière de dingue).
Après une enfance difficile vécue dans la pauvreté, Kaoru Matsumoto décide de devenir catcheuse pour apprendre à être suffisamment forte afin de tuer son père (bonne ambiance). Au départ inexistante parmi les autres recrues, elle explosera en créant son personnage maléfique .
Elle a un look très outrancier pour l’époque, triche tout le temps et a une véritable aura diabolique.
Ses affrontements entre 1985 et 1986 contre les Crush Gals (Chigusa Nagayo et Lioness Asuka), duo ultra populaire à l’époque, passionnent le public japonais à tel point que des records d’audience TV ont été établis à ce moment là, un véritable phénomène de société.
Elle campe tellement bien son personnage en permanence qu’elle reçoit de nombreuses menaces de mort et doit régulièrement être escortée pour éviter les débordements.
Petite parenthèse gaming : Dump est la première figure du catch à être en tête d’affiche d’un jeu vidéo, avant même Hulk Hogan!
Gokuaku Doumei Dump Matsumoto est sorti en 1986 sur Sega Mark III, où on la retrouve avec toutes les autres stars de l’époque.
Le jeu a été modifié en profondeur pour enlever toute traces de licences, puis a été renommé sobrement en Pro Wrestling lors de sa sortie en Europe et aux USA sur Sega Master System, héritant au passage d’une « sublime » jaquette.

ET LA SERIE NETFLIX ?

Revenons au sujet de départ, Queen of Villains est une série plutôt courte constituée de 5 épisodes d’une heure chacun. On y retrouve donc les débuts de Dump Matsumoto, mais aussi des autres stars de l’époque, notamment les Crush Gals.
Les premiers épisodes sont consacrés à l’entraînement et la mise en place des différents personnages, puis ça devient carrément génial quand Kaoru se transforme enfin en Dump.
Même si certains éléments du scénario sont extrapolés, voire carrément inventés, on mesure bien la folie qu’était cette époque, ou la difficulté d’exigence des entraînements.
Les acteurs sont plutôt bons pour peu qu’on adhère au jeu d’acteurs « à la japonaise », et l’actrice principale, une fois transformée est incroyablement crédible.
On se laisse entrainer facilement dans cette série que je vous conseille vraiment de visionner, même si vous n’êtes pas particulièrement fan de catch.
Il faut garder à l’esprit que beaucoup d’éléments de fiction ont été rajoutés dans la série, mais sinon c’est presque un documentaire, notamment pour le fameux dernier match.
J’espère qu’ils en feront d’autres dans le genre pour illustrer d’autres époques ou rivalités légendaires avec le même traitement, ce serait vraiment mortel.
Juste après la série, je vous conseille justement de visionner le vrai match qui sert de climax final (dispo sur YouTube) pour comparer, ils ont super bien bossé pour le reproduire, et ils sont encore loin de la réalité en termes d’intensité de la foule tant le public sur place était en fusion !

POUR ALLER PLUS LOIN

Pour ceux qui seraient intéressés par le Joshi Puroresu, voici quelques liens :
* Tout d’abord, cette grosse compilation de liens DailyMotion qui reprend un peu toutes les époques, avec beaucoup de matchs récents : https://joshicity.com/joshi-match-recommendation
* Une playlist intéressante qui retrace des événements de l’âge d’or du Joshi : Playlist Youtube de Kim Justice
* Énorme article en français qui retrace toute la vie de la ligue All Japan Women Pro Wrestling : Retrospective AJW
* Gros article sur la montée en puissance et la chute de Joshi Puroresu dans les années 90 (en anglais) : Rise and fall of joshi puroresu
* Grosse retrospective du Joshi Puroresu à lire ici (en anglais) : Le joshi puroresu à travers les âges
* Panorama en français des fédérations actuelles de Joshi : Le joshi puroresu en 2026
* Des playlistes Youtube reprennant tout un tas de matchs : ICI et ICI
* Une retrospective en français d’un tournoi fou de 1994 qui regroupait les top stars des différentes fédés de joshi : V-Top Tournament 1994
* Enfin, un mix des quelques passages de Dump Matsumoto et des Crush Gals à la WWF : WWE Vault
Larvozor

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