Depuis sa première apparition sur grand écran, l’Empire galactique de Star Wars se veut le miroir des dictatures du XXè siècle. Dès La Guerre des étoiles, les uniformes, les armes et la terminologie utilisées renvoient à l’histoire militaire européenne du XXè siècle.
Un parallèle évident avec le nazisme
Le parallèle avec la seconde guerre mondiale est un exercice assez classique de l’analyse de La Guerre des étoiles et de ses suites. Les costumes impériaux en sont les premiers témoins. John Mollo a en effet créé les uniformes impériaux sur le modèle des uniformes d’officiers allemands. Les képis sont inspirés des couvre-chefs militaires allemands, particulièrement ceux du Deutsche Afrika Korps. Les jodhpurs (pantalons d’équitation bouffants ramenés des Indes par l’armée coloniale britannique) étaient portés à la fois en Allemagne nazie puis par plusieurs armées du Pacte de Varsovie. Les bottes en cuir complètent la panoplie de l’uniforme d’officier nazi/impérial. Même la partie supérieure du casque de Dark Vador s’apparente, dans ses esquisses préliminaires, au stahlhelm germanique.


Bien sûr plusieurs de ces accessoires ont été utilisés par l’armée impériale puis par celle de la république de Weimar auparavant, mais c’est bien le IIIe Reich qui semble servir de boussole esthétique et symbolique pour l’Empire galactique. Dans le livre de référence Star Wars Costumes The Original Trilogy (Titan Books, 2014), Brandon Alinger cite John Mollo qui se rappelle que « George [Lucas] voulait que les impériaux aient l’air très efficaces et autoritaires et fascistes ».
Dans ses croquis, Mollo y va franco dans le style nazi.



L’un de ces officiers ressemble même étrangement à Himmler.
Plus récemment, les costumes de cérémonie du BSI et du renseignement dessinés pour la saison 2 d’Andor (S02E06) rappellent par certains détails les uniformes de parade de la 2nde Guerre mondiale comme celui que porte le soldat Zoller (Daniel Brühl) dans Inglorious Bastards.


Idéologie impériale
La société militaire où le parlement s’efface dès 1977 nous apparaît dans toute sa puissance et son arrogance technologique.
Toute une partie de l’Univers étendu (désormais baptisé Star Wars Legends) s’est construite sur cette comparaison et sur le caractère : raciste, spéciste et misogyne de l’Empire qui n’emploie que des êtres humains mâles et blancs. Le côté pro-humain de l’Empire galactique repose certainement sur la réaction du Lt. Shan Childsen quand il voit Chewbacca.

Le supplément de jeu de rôle West End Games (traduit aux éditions Descartes), Le Guide de l’Empire, a dépeint une organisation militaire fondée sur une contrôle étroit de la société via une police politique, le Bureau de la sécurité impériale (BSI), et un Comité pour la préservation de l’ordre nouveau (COMPORN). Deux piliers repris dans le canon Star Wars qu’il s’agisse des romans (Tarkin, Aftermath, Rogue One Catalyst…) ou des séries (Rebels & Andor).
Justement, la deuxième saison d’Andor, diffusée en 2025 sur Disney+, a approfondi ce parallèle entre les deux empires du mal, l’un fictif, l’autre historique.
Conférence de Wannsee ou réunion de Maltheen Divide ?
La réunion de Maltheen Divide qui voit Orson Krennic mobiliser des officiers des services de renseignement, du BSI, des forces armées (flotte et armée) et des divisions scientifiques rappelle la tristement célèbre conférence de Wannsee qui s’est tenue le 20 janvier 1942.
Le parallèle fait débat quant à la finalité et aux ressorts de la politique dont la mise en oeuvre est décidée dans ces deux réunions. D’un côté, les nazis décident de la Solution finale sur le fondement d’une haine irrationnelle (même si dans l’appareil administrativo-militaro-industriel représenté à la conférence, quelques rares voix se sont inquiétées des conséquences sur l’industrie de guerre de la généralisation de la déportation et du génocide). De l’autre, la réunion secrète présidée par Krennic vise l’accaparement de ressources naturelles pour assurer la suprématie impériale et la création de l’Etoile noire.
A Maltheen Divide, Krennic crée un complot dont sont exclus les dirigeants des services convoqués, comme le colonel Yularen, par exemple. Il demande à ces officiers supérieurs ou subalternes de travailler au moyen de procéder à l’exploitation définitive des ressources de la planète Ghorman. Ce sort rappelle celui promis à la planète Gorse et à sa lune Cynda quasiment détruites par la surexploitation minière de l’Empire, selon le roman A New Dawn (Une Nouvelle aube en VF) qui se déroule en 11 BBY.
En mobilisant autant de cerveaux impériaux au service de la destruction d’une planète à l’économie florissante, Krennic prépare en fait la disparition de tout un peuple.
Ce n’est pas le premier génocide que nous narrent les productions audiovisuelles Star Wars. En effet, a provoqué provoquant la quasi disparition d’espèces (les Lasats ou les Géonosiens) ou de cultures (Alderaan) entières. Ghorman est donc le quatrième génocide clairement évoqué ou montré dans le cadre d’une série ou d’un film Star Wars.
Ghorman, version 1942
Pour aller avec les références nazies de l’Empire, la tradition des costumes inspirés par la dernière guerre se poursuit donc sur cette planète. Entre les costumes et les acteurs français tout nous rappelle la France des années 40. En effet, Tony Gilroy a expliqué s’être inspiré de la série Un Village français pour concevoir cette planète sous occupation impériale. Il a d’ailleurs largement puisé dans le casting de cette production française.
L’urbanisme de Ghorman emprunte aussi beaucoup à la France occupée. La capitale Palmo affiche la forme d’une forteresse Vauban avec ses murailles en étoile.

Le café de la place centrale respire l’Art nouveau avec ses courbes et ses volutes.

Le cas du Premier ordre
Le Premier ordre reprend une partie de l’héritage de l’Empire galactique en matière d’uniformes. Si ses officiers portent des tuniques légèrement différentes, les jodhpurs demeurent et les costumiers ajoutent des broderies sur les manches qui ressemblent furieusement à l’Ärmelstreifen de certains uniformes allemands, notamment de la SS. Ces titres de manchette portaient des inscriptions commémorant des batailles ou des personnalités ou mentionnant le nom de l’unité.
Pour le Premier ordre, Lucasfilm a raisonné de la même manière en adjoignant à la fonction d’insigne de grade la mention d’une unité prestigieuse ou d’un héros de la Guerre civile galactique comme le précise le livre de référence Star Wars Le Réveil de la Force, l’encyclopédie illustrée.

Les titres figurant sur les exemples du livre illustré font référence (en aurebesh) à : Tarkin, Kaplan, RO 8, HAL 3, Dillon, Power.
Le fait que la seule force d’opposition au Premier ordre soit la Résistance fondée par Leia Organa ampifie (pas de manière super subtile) la nazification des méchants de Star Wars.
Le vrai coût de la politique inclusive de Disney
Le canon Disney a à mon sens un peu amoindri la portée de cette critique en démultipliant les personnages féminins ou noirs dans les rangs de l’Empire, sans insister suffisamment à mon humble avis sur le caractère profondément intolérant vis-à-vis des non-humains. Il faut dire que le souci d’économie des productions actuelles a plutôt masqué les non-humains dans les séries live.
On peut aussi y voir une forme de refus du manichéisme en incorporant une dose de complexité dans le discours des films, mais j’ai peur qu’il ne s’agisse que d’un effet secondaire de la politique inclusive suivie par Disney.
Un petit goût de XXIè siècle, aussi ?
Le scénario et les dialogues de la saison 2 d’Andor ont introduit un élément politique bien plus récent dans la représentation de la dictature impériale. En insistant sur le contrôle du narratif et le poids de la propagande dans la couverture médiatique du massacre de Ghorman, les show runners convoquent Goebbels et Orwell. La vérité devient une arme que le pouvoir manipule pour satisfaire ses objectifs politiques. Un art dans lequel les populistes du monde entier, qu’ils gouvernent ou qu’ils aspirent à gouverner, sont passés maîtres.
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Le massacre de Ghorma, ce moment qui montre vraiment la réalité de l’Empire.