La lente disparition d’Euro Disney : histoire d’un resort français

Le 12 avril 1992, ouvrait près de Paris le seul parc Disney d’Europe, Euro Disney.

Certains d’entre nous, les plus anciens probablement, se rappellent l’hymne de l’époque : « Euro Disneyland, le rêve est là chez nous ». Depuis 1992, le parc a bien changé : les traces des inspirations françaises de certaines attractions ont presque toutes disparu, une évolution qui peut sembler liée à l’évolution du capital de la société et du rôle que The Walt Disney Company (TWDC) entend y jouer. A ce titre les dernières annonces de Bob Iger, mardi 27 février 2018, promettent d’achever la transformation d’Euro Disney et de faire entrer pleinement le resort francilien dans la galaxie Disney.

FulguroPop vous propose de découvrir comment Euro Disneyland, est progressivement devenu Disneyland Paris.

Disney reprend les choses en main

On retient généralement la date du 24 mars 1987 pour le lancement du projet Euro Disney avec la signature de la convention entre le gouvernement français et Disney pour la création et l’exploitation d’Euro Disneyland en France.

La société Euro Disney SCA est créée en 1989. Le 6 novembre de cette année, Disney met en vente 51% du capital à la bourse française. Sur les 49% restants, ils en cèdent 10 en 1994 à Kingdom Holding Company, un fonds saoudien.

Depuis le début des années 2000, les difficultés financières de cette filiale fort coûteuse (la mention des résultats du resort parisien dans les rapports d’activité de The Walt Disney Company est rarement élogieuse) contraignent Disney à reprendre les choses en main. Les rumeurs de rachat du capital d’Euro Disney SCA circulent et en 2012, la maison mère prête plus d’un milliard d’euros à ED SCA pour réduire la pression financière. Cette annonce soulage les créanciers et surtout facilite les investissements nécessaires sur un resort vieillissant (malgré l’ouverture d’un second parc en 2002) et dont le niveau d’entretien semble à de nombreux observateurs en-deçà de la pratique dans les autres parcs Disney.

En octobre 2014, TWDC procède à une recapitalisation et augmente sa participation dans ED SCA, certains actionnaires suivent (Morgan Stanley, le prince saoudien al-Walid), mais parfois voient leur part du capital baisser, d’autres jettent l’éponge. En , The Walt Disney Company détient plus de 82 % d’Euro Disney.

Les difficultés financières du parc sont souvent mises sur le dos de TWDC et du niveau élevé de royalties exigé. Mais il serait étonnant que l’exploitation pendant plusieurs décennies des marques dont Disney est propriétaire puisse se faire à titre gracieux par une société qui, à l’origine, n’était pas une filiale où TWDC était majoritaire.

En 2017, tout s’accélère avec l’acquisition de 90% des parts du prince al-Walid et le lancement d’une OPA sur toutes les actions en circulation, suivie d’un retrait obligatoire si le seuil de 95 % est atteint. Le , la Walt Disney Company clôt son offre publique d’achat sur Euro Disney et atteint les 97,08 %, l’action n’est désormais plus cotée en bourse, au grand dam des fans qui appréciaient d’être actionnaires d’une société Disney et d’avoir accès ainsi à des informations privilégiées sur les projets du parc.

Cette reprise en main va se ressentir dans les attractions, dans la façon même dont a été conçu le parc. Quand Bob Iger annonce le 27 février 2018, un investissement de deux milliards d’euros pour l’extension du Walt Disney Studios (cf carte ci-dessous), il propose de re-formater complètement un parc déjà pas mal transformé.

Regardons ce que donne la carte de l’emprise de Disneyland Paris (sources : convention Disney et Google). La zone située à l’intérieur de la ligne discontinue rouge marque l’emprise Disney. Depuis l’avenant à la convention quadripartite (Etat, région Ile-de-France, département de la Seine-et-Marne et Disney) adopté en 2010, le périmètre a considérablement augmenté. Ainsi sur cette carte manque, plus au sud, la parcelle de Villages Nature, la joint-venture montée avec Pierre et Vacances. Les deux parcs y apparaissent dans le coin nord-ouest de l’emprise.

 

En 25 ans, le projet a été radicalement transformé, mais au final, plus que l’évolution capitalistique, c’est l’évolution de l’atmosphère du parc puis du resort dans son ensemble qui marque les esprits des visiteurs qui les fréquentent depuis 1992.

 

La fin de la spécificité française

En 1992, le parc mettait l’accent sur son côté Frenchy, le land dédié à la science-fiction, Discoveryland faisait ainsi une large place à Jules Verne. La présence de l’auteur se fait particulièrement sentir dans l’attraction « Visionarium – Voyage à travers le temps », une sorte de cinéma à 360° où Jules Verne (joué par Michel Piccoli) et H.G. Wells themselves voyagent dans le temps faisant même la connaissance d’un surprenant bagagiste interprété par Gérard Depardieu. Cette attraction fut malheureusement arrêtée en 2004  pour laisser la place à « Buzz Lightyear Laser Blast ».

Entre 1994 et 1995, le parc a même inauguré de nouvelles attractions rendant hommage à l’œuvre visionnaire de Jules Verne : « Les Mystères du Nautilus » d’abord et « Space Mountain – de la Terre à la Lune », ensuite. L’idée de départ était de profiter de la déco très volcanique du land pour y créer une montagne/cratère abritant un complexe dédié à l’auteur. Mais le manque de moyens conduira à abandonner l’idée du cratère et de projets de restaurants et attractions autour du Voyage au centre de la Terre. En 2005, Space Mountain, désormais sous-titré « Mission 2 », subit une profonde rénovation, les aspects rétro sont gommés au profit d’une esthétique futuriste à base de projections sur des écrans de cinéma un peu cheap. Esthétique transitoire et éphémère qui sera elle aussi emportée par la vague Star Wars (cf. infra) avec, en 2017, l’inauguration du « Hyperspace Mountain ».

Les premiers visiteurs du parc se souviennent toutefois encore avec émotion de la première version de « Space Mountain », décrite dans les numéros du Lucasfilm Magazine : il y avait toute une scénographie qui partait de l’ouvrage De la Terre à la Lune de Verne et qui voulait célébrer clairement un certain esprit français en s’inspirant du tir de l’obus visible dans le film éponyme de Georges Méliès (la lune souriante était d’ailleurs présente au cours du ride). Le départ des trains était d’ailleurs ponctué de coups de canons fictifs, d’ouvertures et de fermetures des parois latérales et même de dégagements de fumée visibles de l’extérieur qui impressionnaient fortement le public. Il faut dire que l’audace du « Space Mountain » français était de se démarquer des homologues américains et japonais, non seulement par la décoration (les autres attractions similaires sont totalement blanches), mais aussi par la présence d’un vrai looping. La musique qu’on entendait dans les wagonnets, composée par Steve Bramson, était fortement inspirée par celle de John Williams dans Star Wars, Superman et E.T. Elle savait notamment monter en pression juste avant le départ catapulté et résonne encore dans bien des oreilles… La file d’attente était également scénarisée autour de Jules Verne, avec un décor très « steampunk » rétrofuturiste qui subsiste encore par endroits mais qui a été grandement « toiletté » par une esthétique Star Wars plus convenue.

Au final, l’ultime aspect jules-vernien de Disneyland Paris sera probablement, et peut-être assez logiquement, son adaptation par Disney. Le Nautilus placé dans le bassin à côté de « Space Mountain » semble ainsi voué à demeurer la seule trace de Jules Verne sur le parc. Bien qu’actuellement fermée, cette attraction relevant du décorum avait l’avantage de ne quasiment jamais comporter de longues files d’attente…

Enfin, la seule, pas tout à fait car une fresque illustrant ses romans les plus marquants se trouve dans le bureau des passeports annuels aux frontières du Discoveryland. Quelques affiches inspirées des illustrations des éditions Hetzel parsèment encore l’allée couverte au nord de Main Street USA et une plaque auprès de parterres de fleurs à côté de l’attraction « Autopia » porte également une citation du grand auteur français.

 

L’intégration des nouvelles licences Disney : Marvel et Star Wars

L’acquisition de Marvel (2009) et de Lucasfilm (2012) a permis à Disney de diversifier son portefeuille de héros et d’élargir sa cible potentielle, au-delà des films d’animation. Ces deux univers très riches ont donc fait leur apparition dans les parcs français. Bien sûr le partenariat avec Lucasfilm avait déjà permis de belles choses autour des deux licences phares, Star Wars et Indiana Jones, mais les choses ont véritablement accéléré après 2012.

Dès 2015, Disney a mis en place la « Jedi Training Academy », spectacle interactif dans Videopolis, avec pour spectateurs les clients du restaurant Café Hyperion. En 2017, le montage vidéo Path of the Jedi  est projeté dans le Discoveryland Theater, la salle de cinéma 4-D où étaient joués Captain Eo et Chérie, j’ai rétréci le public, aujourd’hui devenue simple salle de projection. Dans le même esprit que la présentation exclusive d’Ant-Man ou que le Disney & Pixar Short Film Festival, cette projection des scènes marquantes de la saga Star Wars permet d’occuper un espace délaissé du parc. En attendant mieux ?

En parlant d’attente, les fans l’ont attendue pendant 5 ans, elle est arrivée au printemps 2017, la version mise à jour de « Star Tours » a su redonner un coup de jeune à une partie de Discoveryland un peu délaissée. La relégation du cinéma 4-D avait presque transformé les abords de « Star Tours » en cul-de-sac du parc. La modification impacte non seulement l’attraction, mais aussi sa boutique Star Traders repositionnée dans l’ancienne arcade de jeu qui prend un sérieux coup de jeune à l’occasion.

 

 

Avec « Star Tours 2 », non seulement l’aventure continue (et intègre les développements les plus récents de la saga), mais surtout la licence Star Wars retrouve un vecteur de bon niveau sur le parc.

Car, malheureusement, tout ce qui porte l’estampille Star Wars n’est pas aussi intéressant.
En effet, Disney a hélas la curieuse manie de présenter comme nouvelles des attractions qui sont bien souvent « simplement » toilettées et remises au goût du jour via l’intégration de licences plus récentes et modernes. Ainsi, le « Hyperspace Mountain », contrairement à une rumeur persistante, n’a en rien changé de parcours par rapport à l’ancien « Space Mountain » : le roller coaster est toujours le même et n’a pas modifié le nombre de loops et de vrilles ! Il y a juste une scénarisation différente, à la sauce Star Wars, et des nouvelles protections sur les wagons beaucoup plus rembourrées qui préservent un peu plus les épaules et amortissent plus les secousses. Le départ se prêtant bien à un saut dans l’hyperespace, on s’attend à une sensation encore plus intense que dans « Star Tours », mais un pauvre petit écran hémisphérique montrant les étoiles s’étirer nous attend au bout du lancement et l’on passe juste en dessous… l’Amiral Ackbar a beau nous parler de chasseurs ennemis dans l’oreillette, la musique de John Williams a beau retentir alors que des scènes de batailles Star Wars et de multiples explosions nous sont projetées, l’attraction peine à rajeunir efficacement en dehors de ce qu’elle procure intrinsèquement, c’est à dire par la force (!) de ses loopings et sa vitesse. Cet habillage n’était donc pas indispensable, mais Disney l’a manifestement ressenti nécessaire pour exploiter sa nouvelle licence récemment acquise.

Concernant Marvel, l’intégration a été progressive. Alors que le rachat de Marvel date de 2009, les premiers photo-calls avec des personnages de comics ne sont apparus qu’en 2014 pour la sortie du film Amazing Spider-Man. Notons pour l’anecdote que cette promo conjointe entre le cinéma et le parc Walt Disney Studios s’est faite pour la première fois avec un film qui n’a pas été produit par Marvel Studios, mais par Sony. L’espace High School Musical du restaurant, Disney Blockbuster Café, a été transformé en espace Iron Man.

Mais alors que les attractions américaines sont relookées pour servir de cadre aux aventures de super-héros, la Twilight Zone Tower of Terror a été l’an dernier transformée en attraction avec les Gardiens de la galaxie, « Guardians of the Galaxy – Mission: BREAKOUT! », une transformation évoquée à l’époque sur ToyzMag.

 

 

En attendant l’arrivée de « Galaxy’s Edge » du côté de Marne-la-Vallée, le resort francilien poursuit sa marvel-isation que viennent confirmer deux annonces concomitantes de ce début d’année.

Ainsi dès le mois de mai 2018, l’attraction « Rock’n’Roller Coaster starring Aerosmith » sera modifiée pour recevoir un habillage Marvel avec Iron Man en tête d’affiche.

 

 

L’été prochain, l’événement « Marvel Summer of Super Heroes » permettra aux visiteurs du parc Studios de voir Iron Man, Thor, Captain America, Spider-Man, Star-Lord et Black Widow à travers des déambulations et des spectacles dans un esprit assez proche de la « Season of the Force » (oups, pardon : la « Saison de la Force ») lancée en 2017 et reprise cette année.

 

 

De plus l’hôtel New York va être redécoré aux couleurs des super-héros Marvel dans un esprit galerie d’art contemporain. Il changera également de nom et deviendra le Disney’s Hotel New York – The Art of Marvel.

 

Mais la phase ultime de cette transformation a été dévoilée à l’issue d’un entretien entre le patron de Disney, Bob Iger et le président de la République, Emmanuel Macron.  Le plan d’investissement de 2 milliards annoncé servira un grand dessein : la transformation radicale du parc Walt Disney Studios avec la création de trois lands : Star Wars, Marvel et Frozen (La Reine des neiges).

 

 

Plusieurs attractions originales du parc vont faire les frais de ces annonces : le « Studio Tram Tour » (déjà sévèrement impacté par la création du land Toy Story et la disparition de l’unité costumes du parc du scénario du ride), « Moteurs Action »…

Assez naturellement, l’emplacement du land Marvel se situera autour de la future attraction Iron Man (cf supra), mais la création d’un nouveau lac artificiel devrait promettre des travaux d’une ampleur sans précédent depuis l’ouverture du nouveau parc en 2002.

La conjonction de ces deux phénomènes (effacement de l’influence française et déploiement des licences Marvel et Star Wars) a profondément transformé le parc. L’évolution du capital de la société Euro Disney SCA invite même à se demander s’il n’a pas fallu attendre 2017 pour que Disneyland Paris ne devienne véritablement un parc 100 % Disney.

 

 

La Redaction
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3 comments

ortk says:

Super article. Pour l’anecdote sur le nom du parc, si ma mémoire est exacte, le nom « euroDisney » avait eu du mal à s’imposer et aujourd’hui, il a du mal à disparaître. Nombre de mes amis parlent encore et toujours d’EuroDisney.
A titre perso, je ne suis pas un grand fan du parc mais je trouve que Disney fournit de beaux efforts pour garder ses parcs à jour même si je regrette un peu l’effacement de Jules Verne.

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