A la façon d’autres auteurs à la puissance évocatrice comparable, l’oeuvre littéraire de Frank Herbert est d’autant plus difficile à traduire à l’écran. La Guilde spatiale n’échappe pas à ce paradoxe.
La vision de Frank Herbert
La guilde spatiale tient un rôle central dans le gouvernement de l’empire humain des romans Dune. Depuis l’interdiction de l’intelligence artificielle (les « machines pensantes ») issue du Jihad butlérien, ses navigateurs demeurent les seuls êtres capables de voyager dans l’espace à bord de vaisseaux gigantesques appelés long-courriers. Les autres vaisseaux voyagent à l’intérieur, comme dans un ferry.
Mais comment représenter de telles dimensions et de tels concepts à l’écran ?
Après l’échec de la production de Jodorowski (qui pourtant avec convoqué les plus grands génies graphiques de l’époque : Giger, Dali, Moebius…), deux réalisateurs ont tenté ce défi : David Lynch et Denis Villeneuve, avec des styles et des résultats très différents.
David Lynch : en mode explicite
David Lynch choisit de montrer le représentant de la guilde spatiale. Il ne s’agit pas d’un alien. Aucun alien n’est présent à proprement parler dans les romans Dune. Le navigateur que rencontre l’empereur au début du film est un humain qui a muté en raison d’une exposition permanente et excessive à l’épice.

Les navigateurs pilotent des long-courriers aux dimensions impressionnantes et aux détails quasi-gothiques qui ne sont pas sans rappeler Warhammer 40K.
Alors que les navigateurs du roman semblent se remettre à la prescience que leur offre l’épice pour déterminer l’itinéraire le plus sûr, chez Lynch, les navigateur plissent littéralement l’espace.

L’effet quasi psychédélique a le mérite de présenter une forme de voyage difficilement imaginable, mais l’instantanéité du voyage peut se figurer autrement ?
Denis Villeneuve : l’allusion au service de l’esthétique

Chez Denis Villeneuve, la guilde plisse l’espace-temps d’une autre manière que chez Lynch. Le réalisateur canadien recourt à une forme plus subtile.

Ici pas de navigateur mutant à la peau orangée, aux yeux bleus et aux nageoires pisciformes. Villeneuve transforme le long-courrier en trou de ver. D’ailleurs, le vaisseau a un peu la forme d’un ver (même si la gueule rappelle celle du requin baleine). D’une extrémité, on aperçoit le point de départ. Ainsi dans le premier volet de Dune, quand le vaisseau de l’émissaire de l’empereur arrive du Caladan, on aperçoit son monde de départ à l’autre bout du tube.
Cela correspond difficilement cependant à la description dressée par Herbert dans le tout premier tome du premier roman. Il confie au duc Leto Atréide le soin de nous expliquer les dimensions gigantesques du vaisseau.
« Un Long-courrier est vraiment gigantesque. Ses cales abriteront toutes nos frégates et nos navires de transport dans un petit coin… Nous ne représenterons qu’une infime partie du manifeste de cargaison. »
L’arrivée de la flotte atréide sur Arrakis donne de son côté une bonne idée des dimensions d’un vaisseau de la guilde.

De sa gueule s’échappent des centaines de frégates qui semblent comme des moucherons attirés par la lumière de la planète.
Alors quelle version de la guilde préférez-vous ? Celle des voyages psychédéliques ou celle des trous de ver ?
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