Entre mythe et réalité, la chronologie de la franchise Mad Max

Une partie de cet article se fonde sur un entretien accordé par George Miller à GRAPHIC en 2015 à l’Opéra de Sydney. Il est disponible sur YT.

Avec l’extension de la franchise Mad Max depuis 2015, George Miller a donné un nouveau souffle à une série de films post-apocalyptiques d’une rare efficacité et dont l’influence sur la pop culture fut durable et majeure.

Mad Max, une influence majeure

De Ken le Survivant à G.I.Joe en passant par les pubs SEGA, le look post-apo des films Mad Max a connu un succès incroyable. Toujours inquiet des tentatives de suites et d’exploitation excessive de bonnes idées du passé, j’ai accueilli Fury Road et Furiosa avec circonspection avant de m’incliner devant la maîtrise du réalisateur australien.

Toutefois Furiosa introduit des éléments chronologiques que j’ai eu du mal à concilier avec l’idée que je me faisais de l’effondrement de la civilisation annoncé dans le 1er Mad Max et décrit dans les deux suivants (Mad Max 2 et Mad Max 3 : au-delà du dôme du tonnerre).

L’histoire du monde de Mad Max

Le contexte IRL : le déclencheur de la dystopie Mad Max

En effet, dans les années 80, après deux chocs pétroliers (1973 et 1979) dévastateurs pour les économies occidentales, et en particulier pour la nôtre en France, l’idée de finitude des ressources naturelles m’avait déjà marqué. Dans les années 90, éclairé par des études sur les prévisions (pas super exactes après coup) en matière de stocks de pétrole, je me plongeais avec avidité dans cette dystopie australienne. Le contexte de l’oeuvre de Miller est clairement liée à la révolution iranienne de 1979.

L’apocalypse par étapes

L’histoire me semblait, et me paraît toujours, très bien séquencée. On découvre les prémices de l’effondrement de la société dans Mad Max. Les policiers dépassés par la violence croissante désertent ou basculent en mode Punisher.

Le drame auquel Max est confronté décide pour lui. A l’époque, le film de George Miller n’évoque pas vraiment la fin de la civilisation, mais la violence qu’il déploie nous en donne un aperçu certain. Avec Mad Max 2 : Le Défi, on passe dans le post-apocalyptique. Notez toutefois que la guerre évoquée dans le prologue par le narrateur de ce film ne comprend pas (encore) de dimension nucléaire. Cet aspect ne sera défini de manière formelle que dans le troisième film.

Pour l’heure, dans le bush australien, les bandes de maraudeurs fondent sur les convois pour piller et violer, s’accaparer de l’essence ou des armes. L’économie ne semble pas encore développée autour de centres urbains comme Bartertown. La structure de la société s’approche plus de celle de chasseurs cueilleurs où l’homme est un loup pour l’homme.

Bien sûr, cette généralité connaît une exception avec la raffinerie de Papagallo où règne une forme d’harmonie et de décence qui tranchent avec le déferlement de violence alentour.

C’est probablement l’étape historique suivante qui a vu la reconstruction d’un semblant de société évoquée dans Mad Max 3.

Pourtant Bartertown, malgré ses institutions comme l’usine de méthane et le Dôme du tonnerre, n’a pas grand chose d’une ville. Il faut dire qu’elle comprend un « Sous-monde », c’est-à-dire un grand complexe de grottes souterraines assez étendu.

La présence de soldats aux ordres d’Entity apporte un semblant d’ordre à ce monde où l’anarchie  règne encore.

L’opposition entre Maître Bombe et Auntie Entity marque d’ailleurs une forme d’organisation politico-économique intéressante qu’on retrouve dans l’articulation des films suivants entre trois pôles économiques complémentaires : la Citadelle, le Moulin à balles (Bullet Farm) et Pétroville (Gastown).

George Miller a expliqué que Furiosa (puis Fury Road) se déroulait après les événements de Mad Max 3. Aussi quand Praetorian Jack explique ces trois dernières villes sont tout ce qui reste dans la Désolation, cela implique que Bartertown n’existe plus. C’est surprenant car on pensait qu’Entity allait reconstruire la ville après sa destruction du fait de Max. Donc soit Praetorian Jack n’a jamais voyagé plus loin que le triangle formé par les trois villes de Fury Road, soit Bartertown a été détruite. On sait grâce au comics qui servent de contexte au film Fury Road que Bartertown n’est pas inconnu d’Immortan Joe et que Pétroville a eu son propre Dôme du tonnerre.

Le début de Furiosa : A Mad Max Saga se passe quinze ans avant Fury Road, la guerre atomique a déjà eu lieu. Le synopsis du film précise qu’elle s’est déroulée plusieurs décennies auparavant. La première bande-annonce du film mentionne que les événements qu’il décrit se déroulent 45 ans après l’effondrement de la civilisation. Une rapide soustraction fait comprendre que l’enlèvement de Furiosa se passe trente ans après la catastrophe.

Cela nous amène naturellement à nous interroger sur la possibilité physiologique que Max Rockatansky soit le même personnage dans les cinq films (il apparaît brièvement en caméo dans Furiosa en prélude à Fury Road). Comment un homme dans la force de l’âge aurait pu être policier/justicier (père de famille) avant la guerre nucléaire puis encore 45 ans après arpenter la Désolation.

 

Source : https://www.reddit.com/r/MadMax/comments/i0jtq3/by_request_fury_road_official_map/

Il en résulte un questionnement sur le concept même de continuité et de chronologie dans l’oeuvre de Miller.

La continuité impossible de Mad Max

En effet, il faut comprendre que les faits décrits dans les cinq films de la franchise sont racontés par des narrateurs plus ou moins fiables (un concept que j’affectionne particulièrement, j’en parle assez souvent dans ces colonnes). Cette relation explique que les événements soient difficiles à placer sur une frise chronologique. Dans cette ère de tradition orale, et dans un contexte d’appauvrissement et de déformation linguistiques, les éléments peuvent se mélanger.

A partir de Mad Max 2, Max devient le Guerrier de la route (Road Warrior), une figure quasi mythique qui marque les esprits de plusieurs micro-communautés de survivants dans le mode post-apocalyptique. Chacune transmet dans sa propre tradition orale le récit de ses exploits. Serait-il possible que les contes de ces communautés s’entremêlent à la faveur d’échanges plus nombreux entre elles. Chacune tentant de rattacher une partie de sa propre histoire à celle d’une personnage mythique ?

Je formule au final l’hypothèse selon laquelle il existerait plusieurs personnages qui ont protégé les communautés humaines faces aux maraudeurs et aux prédateurs dans la Désolation autour et après l’apocalypse. Plusieurs décennies après, quand les conteurs transmettent le souvenir de ces aventures fondatrices (la tribu de la raffinerie, les enfants perdus et les nouveaux occupants de la Citadelle conduits par Furiosa), il se peut que tous ces exploits aient été attribués à la même personne Max quand bien même cela signifierait que le héros aurait dans les 70 ans au moment de Fury Road.

Cette théorie permet aussi d’expliquer pourquoi la voiture Pursuit Special V8 Interceptor de Max apparaît dans des états très variables selon les films.

Ainsi, alors qu’elle a été détruite dans le deuxième film, Max n’a plus sa voiture iconique dans Au-delà du Dôme du tonnerre. Il conduit une sorte de Jeep tractée par des dromadaires.

Pourtant dans Fury Road, il possède à nouveau un V8 Interceptor.

Une sorte de retcon a été opéré par le biais de comics servant de prequel au film en 2015 et établissant que Max a consacré son temps entre les deux films à récupérer des pièces pour reconstruire sa voiture mythique.

Personnellement je préfère l’approche culturelle à l’explication « rationnelle » des comics qui ne permet pas de justifier la jeunesse éternelle de Max.

Libre à vous de choisir l’explication ce que vous préférez.

 

 

 

 

 

 

 

Blaster
A suivre

2 comments

Sith says:

Hypothèse très sympathique et fort intéressante. Cela redonne un peu de magie à cette franchise qui souffre beaucoup ( comme d autres franchises) de scénaristes plutôt minables qui sont payés pour créer des…. anachronismes en pagaille…..A propos des conteurs je t’ offre cette formidable tirade bien connue :  » ils parlèrent, et parlèrent encore » 😉

Merci Sith, l’hypothèse s’appuie surtout sur la narration de MM 2 et de Furiosa, mais je pense qu’on peut accepter la tradition orale comme étant un trait de ces sociétés post apo.

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