Pili pili : petit piment pour petit jeu

Comme chacun sait ou pas, le pili pili est un piment classé entre 6 et 9 sur l’échelle de Richter du palais, j’ai nommé l’échelle de Scoville, qui ne compte pourtant que 10 échelons. Alors, quand le duo créatif « Ben & JB » lui emprunte son nom pour son dernier jeu, après le succès de Juduku qui s’est traduit par pas moins de cinq extensions, on craint un nouveau jeu d’apéro et plus si affinités, c’est-à-dire pour pimenter les soirées officiellement, et mettre tout le monde mal à l’aise officieusement. On craint donc de ne pas beaucoup dépasser la barre dite des vingtenaires, celle sous laquelle se placent d’emblée la moitié des jeux sociaux à défaut d’être de société, car il y a un âge où se chercher n’est plus le sujet, et qu’on n’a pas plus envie de chercher les autres. Comme on craint tout autant de taper sous la ceinture, on conseillera au lecteur averti qui en vaudra donc deux, de ne pas confondre Pili pili dont il est question ici (ATM Gaming), avec Pili-pili qui est un jeu d’éducation à la sexualité (Désclic).

À l’ouverture de la petite boîte, au design façon jeux du monde, on apprend que Martin s’est joint à Ben et JB, mais surtout, que leur affaire coche toutes les cases, avec « certified sustainable paper » et « 1% of our profits every year to a charity », en français dans le texte. Elle coche aussi celle des créateurs d’à côté et de l’entreprise du coin, avec « surprise » si vous flashcodez et « petite surprise » si vous faites une photo, et surtout petit message autorisé à l’adresse indiquée si vous n’êtes pas content. Mais si on ne cherche pas la petite bête, en cherchant à savoir si pousser à instagrammer pour faire sa pub au jeu est franchement compatible avec l’« eco-responsibility » affichée, on peut se demander si cette affaire coche bien la case de l’originalité.

À la lecture des courtes règles, deux pages top chrono, on hésite entre odeur de bataille et parfum de poker : le but est de remporter des plis en sortant une carte plus forte que les autres, sans dépasser le nombre annoncé dans la phase préalable de pari, pour ne pas écoper de pénalités qualifiées de « pilis ». Ça fait court et quelqu’un a dû s’en rendre compte, car pour corser le jeu, nous n’oserons dire pimenter, il est vous est proposé de compliquer les règles avec des cartes mission, qui font le lien avec les jeux d’ambiance, en piquant des idées de-ci (Devine tête) de-là (Uno). Ça reste court surtout si vous êtes plus de deux, alors que le jeu, qui ne compte que 55 cartes pour les plis avec 1 joker, évitant soigneusement d’être à 52 avec 2 jokers, est annoncé pour deux à huit joueurs, à moins que l’idée ne soit d’appâter le chaland pour mieux lui vendre des extensions.

On aurait bien aimé défendre le petit truc en plus d’un petit éditeur qui en veut, la trouvaille des copains qui ont découvert un grand truc sur le coin d’une table de café, mais la prise de risque est faible et le résultat du même acabit. Pili pili fait l’effet d’un jeu test avant décollage entrepreneurial, d’un projet B pour financer le projet A, et se classe qui plus est dans une catégorie déjà encombrée des nombreuses variantes du jeu classique à 32 ou 52 cartes. Or le dernier beau jeu de cartes fabriqué entre-deux est Magic : L’assemblée, et même un habitué des jeux de bistrot sait que ce n’était pas de la petite bière, et que ça ne l’est toujours pas. Ou alors, il faut jouer la carte mission 1/55, qui fait que toutes les valeurs sont inversées, et se dire que tout le monde peut se tromper.

Crédits photos : Aromatiques Tropicales pour les piments, NF/ATM Gaming pour le reste

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