Edito : Nous fêtons Halloween à la rédaction ! par Lanace

En écho à l’article de l’ami Olivier, laissez moi vous conter une histoire personnelle..

C’est Halloween et force est de constater que le soft power de l’oncle Sam a encore frappé sur l’hexagone.

Depuis quelques années, il est maintenant de coutume de célébrer cette fête aux accents macabres et surtout commerciaux à laquelle nous ont habitué nos écrans.

En parlant d’écran, du petit particulièrement, je voudrais partager cette soirée qui marqua le gosse que j’étais.

Petit retour en arrière, il fut une époque où voir un film d’horreur exigeait de se déplacer au cinéma.

L’avènement de la VHS et des vidéoclubs apporta dans les foyers son cortège de films qui ne passeraient jamais à la télé. Cela fut l’occasion de découvrir tout un pan du cinéma de genre et d’exploitation dans son salon, une véritable révolution!

Mon grand frère et ses potes avaient pour habitude de louer des films en tout genre et de se faire des séances auxquelles il m’arrivait de participer.

Je me nourrissais de toute cette culture cinématographique pop et développais inconsciemment ma cinéphilie.

Une des rares qu’il m’ait été interdit concernait le film L’exorciste (1973). Malgré les interjections à base de noms d’oiseaux et autres manifestations physiques de la part de mon frère et ses potes, je réussissais à percevoir quelques passages mais je les entendais surtout crier et se moquer les uns des autres des réactions de chacun..

Quelques années plus tard, en 1987 pour être précis, FR3 annonce la diffusion prochaine, pour la première fois à la télévision française, du film le plus terrifiant de tous les temps!

Je revois mes parents se remémorer leur séance quand ils sont aller voir le film au cinéma et la trouille que fût l’expérience.

C’est donc très tard, en deuxième voir troisième partie de soirée, que le film passa.

Mes parents nous avaient déjà renvoyé au lit, interdiction de voir ce film.

Il n’y aurait pas d’autres diffusions, c’était maintenant ou jamais. J’avais fantasmé ce film tant de fois dans ma tête d’enfant que je ne pouvais rater l’occasion.

Ma chambre, à cette époque, n’était pas loin du salon, de ce petit écran Schneider où m’attendait une révélation.

J’échafaudais un plan très simple : dès que le film commence, je me faufile sous la grande table du salon.

J’attendais patiemment en épiant de ma porte le début de la séance.

Le moment vint et je mettais à exécution mon plan qui se révéla un succès.

Les yeux grands écarquillés, je contemplais la lumière du tube cathodique où défilait l’introduction du film.

Je ne comprenais rien à ce qui se déroulait dans ces décors irakiens, je me disais que mes parents regardaient un film arabe et qu’ils avaient abandonné l’idée de regarder ce fameux long métrage sulfureux.

Cependant, un petit carré blanc dans le bas de l’écran me mettait la puce à l’oreille. C’était le signe que ce film n’était pas fait pour les enfants, tout une époque..

Soudain, changement de décor, nous sommes à Georgetown de mémoire, et là se met en place la véritable descente aux enfers de cette petite fille.

Insidieusement, le mal s’installe chez elle puis en elle.

Je me prends à la figure l’entièreté du film et je comprends pourquoi on m’avait interdit de le voir.

L’expérience fût tout simplement traumatisante, je me cachais littéralement le visage avec les mains pour ne pas voir ces images mais une attirance inexplicable me faisait écarter les doigts et assister à ce récit horrifique.

Je n’avais jamais rien vu de tel, le petit garçon que j’étais était terrorisé.

Inutile de vous dire que je n’ai jamais trouvé le sommeil ce soir là, hanté par toutes ces visions.

Les autres nuits étaient tout aussi mouvementées et angoissantes.

Ce traumatisme m’a suivi pendant très longtemps, jusqu’à l’adolescence.

Paradoxalement, je pense qu’il a été constitutif de mon attirance pour les films d’horreur.

Il m’a fallut des années avant de revoir ce film.

J’étais armé pour affronter ce trauma, j’avais ingurgité tous les classiques de l’époque, de Massacre à la tronçonneuse à Evil dead en passant par Zombie.

J’avoue qu’une petite part de l’enfant qui restait en moi me disait de ne pas regarder mais il fallait affronter cet obstacle, vaincre ce sentiment qui sommeillait en moi depuis l’enfance.

Depuis, c’est devenu, pour moi, un classique que j’aime revoir mais avec lequel j’ai un sentiment particulier d’amour/répulsion (ceci dit l’amour l’emporte aujourd’hui).

Œuvre cinématographique puissante, qui pourrait paraître molle pour les jeunes d’aujourd’hui, elle traverse les générations sans être égalée et ce n’est pas la dernière itération : L’exorciste : Dévotion qui me fera dire le contraire.

12 comments

Olivier says:

J’ai vécu la même chose avec Poltergeist que j’ai vu bien trop jeune, mais genre vraiment trop jeune. En a résulté une peur irrationnelle pour l’ombre sous mon lit, peur qui m’a suivie jusque dans l’adolescence. Et puis aussi un profond mépris de ces grosses merdes de clown.

Lanace says:

Je te rejoins complètement concernant cette scène du clown.
Ce p… de clown !

KissFan says:

J’avais vu L’Exorciste lors de cette séance sur FR3 en 1987 et je suis quasi sûr qu’il était passé en première partie de soirée. J’avais alors 9 ans. Je l’avais certes trouvé « impressionnant » mais moins qu’un Evil Dead visionné sur VHS quelques mois plus tard. En tout cas, il ne m’avait pas empêché de dormir. C’est véritablement cinématographiquement, sa construction, le jeu des acteurs, que j’avais trouvé L’Exorciste très bon.
Quelques jours après l’Exorciste, FR3 diffusait l’Hérétique, sa suite … Un film que je n’ai jamais revu depuis et dont je n’ai conservé que des bribes de souvenirs.
Merci Lanace pour cet article souvenir.

KissFan says:

Après vérification dans le Télé Poche n°1127 (avec Jean-Luc Lahaye en couv’), je confirme: L’exorciste a été diffusé le jeudi 24 septembre 1987 à 20h35 sur FR3.
L’exorciste 2, l’Hérétique, a lui été diffusé jeudi 29 octobre 1987 à 20h35, toujours sur FR3 (cf.: Télé Poche n° 1132 avec Denise Fabre en couverture).

Lanace says:

20:35 ? J’étais persuadé que c’était en deuxième partie de soirée tant l’attente fût longue.
Comme quoi les souvenirs d’enfance…
Merci pour la précision Pascal.

Lanace says:

Merci pour ce partage mon Pascal.
Evil dead m’avait bien fait fliper également lors de mon premier visionage.
Nous étions bien jeune pour les films que c’était mais l’attirance qu’ils procuraient l’emportait.

KissFan says:

Jeune peut-être … mais paradoxalement, j’ai toujours considéré que plus on visionne un film horrifique jeune et plus il fonctionne. Quand on va au cinéma, c’est pour ressentir des émotions : rire, larmes, peur, …. Et plus on est jeune (pas trop jeune non plus, n’exagérons rien), moins on a de grilles de lecture dans le cerveau (comprendre décoder les effets spéciaux par exemple, la direction des acteurs, le découpage des scènes, …) donc plus on a de chance de se laisser embarquer dans ce qui déroule sur l’écran. Et l’on sait à quel point des effets spéciaux (maquillage, stop motion, CGI, costumes, …) s’ils semblent approximatifs pour un adulte peuvent au contraire parfaitement fonctionner sur un spectateur plus jeune.

ExarKun02 says:

Traumatiser par re-animator vu bcp trop jeune alors que strictement rien ne fait peur dedans !!!

L’exorciste j’ai dû le voir au bon âge, 12-13 ans, assez pour que ça soit marquant sans être traumatisant, sûrement un peu mollasson pour les plus jeunes si ils ont pas été habitué à des films plus anciens mais il comporte quand même bon nombre de scènes marquantes entre les scènes de calme, et le final reste encore pour moi très perturbant.

Lanace says:

Re-animator était bien cracra, vu à l’adolescence entre potes donc les films étaient l’occasion de rigoler surtout.
Merci pour ce partage mon Guillaume, on se rend compte ainsi que chacun à son film détonateur d’amour ou de rejet du genre.

Sith says:

Autant le film re animator ne m’ avait pas fait grand chose à 15 ans, par contre, la nouvelle tirée de l oeuvre de Lovecraft m’ avait laissé un drôle de sentiment, beurk.

Blondin says:

Excellent ce partage de souvenir, ça me donne envie de me refaire le film 😉

Lanace says:

Merci mon Blondin 🙏🏼
Il fait indéniablement partie de ces classiques qui restent malgré le temps qui passe. Et c’est là que l’on reconnaît un chef-d’œuvre.

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