Spielberg imprime sa marque

Pré-affiche du film – The Post est le titre original

Pourquoi il faut absolument voir Pentagon Papers et pourquoi FulguroPop vous conseille fortement ce film ? Spielberg réussit à faire incidemment le préquel du film emblématique de Alan J. Pakula, Les Hommes du Président sorti en 1976 après le scandale du Watergate… Sauf que c’est… une femme, interprétée par Meryl Streep qui tient le rôle clef, cheffe du Washington Post et qui s’affirme à travers cette histoire vraie où un journal a repris le scoop d’un autre (le New York Times) mais pas pour lui faire concurrence : pour défendre la liberté de la presse.

L’histoire (vraie) : au cœur de la guerre du Viet-Nam, un journaliste « embedded » parvient à copier des documents confidentiels du gouvernement américain dans lesquels il est formellement reconnu et acté par ce même gouvernement que la guerre est un fiasco, n’est pas gagnable, et fait périr stupidement des milliers de soldats… C’est explosif et ces « pentagon papers » restent cachés quelques années. Voyant que Nixon n’infléchit pas la politique de ses prédécesseurs, le New York Times décide de publier ces documents au début des années 1970 et se prend immédiatement les foudres de la censure : violation de secrets d’Etat et tutti quantti. Par une suite de circonstances rocambolesques, le concurrent direct du NYT, le Washington Post, parvient à mettre la main sur les documents et se pose des questions existentielles et juridiques, sur un labs de temps très court, pour savoir s’il les publie ou non… Informer ou violer les Lois ? Privilégier l’état ou les lecteurs ?

Affiche française : qui tape à la machine ?

En ce sens, Spielberg signe un de ses films très politiques « à Oscars » et « pour le public adulte » mais en fait à suspens et qui arrive à rendre son sujet aussi palpitant qu’un de ses films de pure Entertainment qu’il signe périodiquement, de Jurassic Park aux Dents de la Mer en passant par Indiana Jones.

les plans où les monstres sacrés se font face deviennent de plus en plus souvent la marque de fabrique de Spielberg

Son incroyable travail de mise en scène dynamise perpétuellement le sujet en le rendant haletant : plans séquences virevoltants, mouvements de caméras flamboyants autour de coups de fils tendus, de conférences de rédactions ou de réunions improvisées à domicile. Les hommages appuyés à Hitchcock notamment grâce à la musique de John Williams qui retrouve ses accents d’origine à la Bernard Hermann se multiplient jusqu’à captiver le spectateur comme au bon temps de la Mort aux Trousses

Quand tu ramènes une figurine exclusive de la SDCC…

Jamais Spielberg ne s’était confronté aussi directement à la Guerre du Viêt-Nam et jamais il n’avait à ce point défendu la liberté de la presse, même si on retrouve tout au long de sa filmographie la thématique des « petits » opposés aux « puissants » ou aux « grands ». En ce sens, le rôle qu’il donne à Meryl Streep est extraordinaire : une femme qui s’émancipe et prend conscience non seulement de son pouvoir mais de carcans divers dont elle peut s’affranchir (amitiés politiques, image du mari défunt, pouvoir de l’argent). Tout ceci pour une cause rendant –temporairement- le monde meilleur.

Nixon se la joue Docteur Gang, dixit Illimité

On aime au détour d’une simple photo le clin d’oeil à Forrest Gump du copain Zemeckis (Tom Hanks une fois de plus avec Kennedy) et le rythme façon Argo bien mené jusqu’au bout. Hanks s’est fait la coiffe de James Stewart dans M. Smith au Sénat mais joue comme John Wayne tout au long du film, remontant son pantalon et mâchouillant parfois on ne sait trop quoi ! Amusant. Les inconditionnels de La Classe Américaine apprécieront !

conf de rédac à Fulguropop

 

On aime aussi grandement la parfaite reconstitution du début des années 1970 (superbe photo comme toujours de Janusz Kamiński), on fume à tous les étages et les gags sont bien amenés (la citronnade et ses bénéfices records, les places dans l’avion -qui parleront aux geeks qui reviennent de conventions, les plans avec Nixon en « very bad guy » qui n’a jamais dit son dernier mot…). Mention toute particulière aussi à tous les seconds rôles qui complètent la distribution et semblent vraiment sortir d’une machine à remonter le temps. Aucune cravate à rayure ou chignon soigné ne manquent à l’appel. Et puis coup de chapeau spécial à Bob Odenkirk, qui joue le personnage de Ben Bagdikian : il est franchement génial dans sa quête de l’informateur qui a du mal à passer un simple coup de fil…

Encore un face à face

Seul (léger) bémol bien pardonnable : les hommages appuyés et parfois trop insistants à l’actualité (lanceurs d’alertes, femmes d’entreprises, Nixon = Trump, etc…) qui sonnent parfois too much voire un peu anachroniques. Certes avec Tom Hanks, depuis Apollo XIII, nous sommes habitué à voir entrer de force un truc rond dans un truc carré mais là, nous faire bien comprendre que 1971 c’est comme 2018 (et réciproquement), ce n’est pas toujours ni très fin ni très exact… Ce plan où Meryl Streep descend les marches du tribunal entourée de femmes béates d’admiration, n’est pas le meilleur ni le plus réaliste de Spielberg, même si on comprend bien l’intention louable.

Le Capitole de la capitale capitule c’est capital

Au final, non seulement Pentagon Papers vous fera réviser en moins de deux heures des pages américaines de l’Histoire et du Droit de la Presse, ce qui fait déjà du bien, mais en plus il vous captivera par un suspens incroyablement mis en scène par le grand Spielberg, porté par des acteurs impeccables, Meryl Streep en (femme de) tête. Et s’il n’y avait qu’une seule raison de voir ce film, ce serait de se dire que c’est une manière comme une autre de témoigner son attachement à la liberté de la Presse.

On se Presse !

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