Frankenstein : critique de la vision de Guillermo Del Toro

Netflix diffuse depuis cette semaine le film Frankenstein réalisé par Guillermo Del Toro pour la plateforme américaine de diffusion vidéo.

Guillermo Del Toro réveille le romantisme de Shelley

Rappelons avant toute chose que Mary Shelley a publié Frankenstein en 1818 en plein romantisme triomphant. Son Victor Frankenstein n’est pas britannique mais suisse dont les rêves alchimiques puis démiurgiques sont empreints de ce genre littéraire. On imagine très bien Frankenstein personnage du tableau de Friedrich : Le Voyageur contemplant une mer de nuages.

Alors que Dracula le roman gothique de Bram Stoker m’a frappé ado par sa modernité et son dynamisme, la découverte de Frankenstein fut pour moi une vraie incompréhension. Aussi, c’est avec une certaine appréhension que j’entamais cette adaptation réalisée par Guillermo Del Toro pour Netflix.

Sans doute conscient de la lourdeur du style romantique et de son cadre historique rigide, Del Toro a décidé une double translation géographique et temporelle. En effet, la famille Frankenstein devient devant sa caméra une dynastie britannique et l’histoire du film se déroule en 1857 à la sortie de la guerre de Crimée.

Une production onirique et gothique

Toutes ces modifications lui permettent de créer une vraie vision et un donner enfin un souffle au mythe de Shelley. Les costumes, les décors, toute la production de Guillermo Del Toro se charge des marqueurs visuels des oeuvres cinématographiques gothiques.

Une distribution impeccable…

Si cette petite révolution gothique fonctionne, c’est en partie dû à un casting qui envoie du bois.

D’Oscar Isaac à Christoph Waltz en passant par Charles Dance ou David Bradley (les acteurs à la tête des maisons Lannister et Frey dans Game of Thrones), chaque détail semble s’enchaîner avec une fluidité appréciable.

… mais une direction d’acteurs discutable

Toutefois, je m’interroge sur l’orientation donnée au personnage d’Elizabeth par Mia Goth, décidément bien trop sensuelle, même pour 1857. L’érotisme (comme le gore des expériences de Frankenstein) n’est presque plus suggéré et la jeune Elizabeth bien trop captivée par la créature.

Méta Frankenstein

En citant Ozymandias, un poème de Percy Shelley, l’époux de Mary, Del Toro accentue la distorsion entre l’oeuvre littéraire et son adaptation. Malgré la précision de sa transcription du mythe du Prométhée moderne, Del Toro choisit une note d’espoir pour cette créature qui comme dans le livre pardonne à son créateur, mais se résout à vivre alors que le navire danois (une autre translation par rapport au roman) repart vers la civilisation.

Blaster
A suivre

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