FulguroTube : “Vous banderez comme des dinosaures !”

 

Il n’existe pas de saga Predator. En tout cas dans mon esprit et selon ma sensibilité. Le premier opus de la franchise a campé des fondements bien trop imposants, à tel point que ce qui reposera dessus par la suite paraîtra tantôt atrophié, tantôt ridicule.

Au même titre que les trois premiers films estampillés Alien, le Predator de John McTiernan sorti en 1987 fait partie de mes œuvres cinématographiques de chevet. Je me devais donc d’évoquer dans la rubrique FulguroTube au moins un extrait de ce film d’action qui suinte littéralement la testostérone. Le choix n’a pas été aisé, car Predator renferme quelques séquences désormais historiques.

J’ai finalement opté pour la scène introductive de l’hélicoptère où nous découvrons brièvement les personnalités de chaque soldat d’élite ainsi que pour certains, leur gouaille de baroudeur. Bonne lecture à tous.

 

 

Arnold Schwarzenegger incarnera le major Dutch, une force de la nature dont la dimension physique – comme psychologique – siéra parfaitement à sa posture de leader. Muscles, belle gueule, intégrité, intelligence, voilà des composantes qui, lorsqu’elles sont réunies, proposent une vision possible du héros.

Selon cette idée, Dutch et ses cinq hommes ne peuvent pas être réduits à des mercenaires sanguinaires. C’est un détail important car le major se présente lui et ses acolytes comme une équipe de sauvetage dès le début du film. Spécifiquement pour Dutch et d’un point de vue symbolique, le cigare, tout comme la barbe naissante, apportent clairement une dimension de maturité au personnage.

De manière spontanée, l’association barreau de chaise/gradé qui dirige des soldats d’élite sauveteurs m’évoque inéluctablement le colonel JohnHannibalSmith de la série télévisée L’Agence Tous Risques (1983).

Par ailleurs, le leadership de Dutch sera matériellement représenté dans la scène de l’hélicoptère par le port du casque avec micro, à l’instar de Dillon, l’autre major qui fait office de consultant/intervenant pour le département militaire du gouvernement américain.

 

 

C’est l’acteur Carl Weathers, l’éternel Apollo Creed, qui endossera le rôle du major George Dillon. Version asymétrique de Dutch malgré un passé commun, il portera le mensonge et fera preuve d’une certaine incompétence sur le terrain. Dillon sera d’ailleurs malmené à plusieurs reprises dans le film par Dutch et ses hommes.

Une manière, parfois abrupte, de lui faire comprendre qu’il n’est qu’une pièce rapportée, un ancien soldat devenu agent de bureau. D’ailleurs dans la scène de l’hélicoptère, c’est Blain Cooper qui crachera son tabac chiqué sur les rangers de Dillon dans une volonté de défiance comme de répudiation.

 

 

L’acteur Jesse Ventura sera très convaincant à travers son interprétation de Blain. Proche de Schwarzenegger dans la vie civile, il aura également un rôle dans le film Running Man (1987). Ancien catcheur et ayant officié dans une unité d’élite de l’U.S. Navy, Jesse Ventura convenait physiquement à un rôle pour le moins bourru.

Langage fleuri, minigun, grande gueule, la démesure elle-même ne serait pas suffisante pour Blain dont la relation fraternelle avec Mac sera immédiatement suggérée dans le fait qu’il lui propose en premier du tabac à chiquer durant la séquence de l’hélicoptère. Une nuance psychologique qui humanise et évite de tomber totalement dans le poncif de la brute.

Et puis la moustache, le bandana, la boucle d’oreille, le chapeau de brousse unilatéralement retroussé offrent un véritable archétype du soldat à l’américaine version eighties. Une représentation incroyablement évocatrice de certains G.I.Joe, Recondo alias Jungle Trooper (1984 datation U.S) en tête. La mise en perspective de Blain et du soldat de plastique révèle une ressemblance plus que troublante.

 

 

Le sergent Mac Elliot, mon personnage favoris, sera une véritable égérie de la marque BIC dans le film Predator. Il est incarné par l’acteur Bill Duke, une autre force de la nature proche de Schwarzenegger, qui avait eu un rôle en 1985 dans le film Commando.

Durant la scène introductive de l’hélicoptère, on observe Mac en retrait, taciturne, qui ne cesse de passer les lames d’un rasoir jetable sur ses joues, son cou et son menton. Une posture inquiétante de maniaque qui laissera place plus tardivement dans le film à un personnage courageux, fidèle et surtout empathique pour son frère d’armes Blain. Cette dimension affective tend encore une fois à humaniser et à sensibiliser un Mac adepte des rasoirs.

En termes de mise en scène, il est intéressant de souligner que malgré les turbulences aériennes dans la scène introductive de l’hélicoptère, Mac ne se coupera pas en utilisant son rasoir jetable. Il faudra attendre pas moins d’une heure pour observer le sang couler sur la joue du sergent, rongé par la vengeance, suite à une pression trop forte des lames sur celle-ci.

Par ailleurs la fraternité entre Mac et Blain était aussi traduite à travers la flasque d’alcool que le sergent partageait avec son acolyte. Enfin il m’est impossible de ne pas évoquer la puissante scène de la déforestation au minigun où Mac sacralisera le terme contact ! Sans oublier le cochon sauvage tué au couteau.

 

 

La séquence introductive de l’hélicoptère illustrera un autre taiseux, Billy Sole, le soldat pisteur aux traits amérindiens dont la particularité est d’avoir une perception extrasensorielle en lien notamment avec la nature. Une formule qui fait écho au mysticisme de la culture amérindienne comme aux forces shamaniques.

Insensible à la blague que lui raconte Hawkins dans l’hélicoptère qui les emmène au massacre, l’imposant Billy, incarné par le regretté Sonny Landham, continuera à peaufiner son camouflage facial de manière impassible. Seul son regard, intimidant, laissera entendre à son interlocuteur de se taire.

En termes de correspondance, je souhaiterais évoquer de nouveau la licence G.I.Joe à travers le personnage de Spirit alias Tracker (1984 datation U.S). Sa déclinaison Iron-Knife de 2010 est un véritable sosie de Billy au point de se demander si le personnage a directement inspiré le créateur de l’action figure. D’autant plus que cette appellation spécifique Iron-Knife évoque le couteau surdimensionné indissociable de Billy dans le film.

D’autre part, le nom Tracker nous rappelle la fonction de pisteur. Le terme Spirit est à mettre en perspective avec les capacités extrasensorielles de Billy.

 

 

Parlons de Rick Hawkins, l’afficionado des blagues en dessous de la ceinture. Binoclard au physique de guêpe, ce personnage entre littéralement en conflit avec les autres soldats jusqu’ici évoqués. Dans la séquence introductive de l’hélicoptère, Hawkins sera le seul homme de l’équipe à lire (hormis Dillon et sa carte). Même s’il s’agit d’un simple journal, il en découle une dimension plutôt cérébrale, soulignée par le port des lunettes aux verres très grands ainsi que par la spécialisation du soldat dans la communication radio.

On verra d’ailleurs Hawkins lire un comics Sgt. Rock (1959) dans le générique final du film Predator à partir duquel les différents protagonistes principaux du film seront présentés via de courtes apparitions originales. Le comics apporte une dimension geek à Hawkins mais c’est surtout un hommage à l’œuvre Sgt. Rock. En effet, Dutch et ses hommes ont directement été inspirés de personnages présents dans la B.D américaine.

Hawkins sera le premier soldat de l’équipe à être tué par le Predator. Une dimension de sacrifiable qui collera à la peau du comique de service malgré ses bons reflexes visibles dans la scène de l’hélicoptère. Fait amusant, le harnais de sécurité qui retient Hawkins semble trop grand pour lui.

Enfin, c’est l’acteur Shane Black qui incarnera Rick Hawkins. Ce sera aussi le réalisateur de The Predator, film sorti dans les salles en 2018. Dire de cette œuvre cinématographique que c’est une véritable défécation cinématographique est un doux euphémisme.

 

 

JorgePonchoRamirez alias monsieur gros calibre. Voilà un personnage qui apparaît comme spécialiste des armes à feu explosives via son lance-grenade à barillet. Une arme attitrée et indissociable de Poncho puisque dès la séquence introductive de l’hélicoptère, on la découvrira aux côtés du soldat. Ce sera d’ailleurs le seul personnage dans cette scène qui sera aussi ostensiblement associé à une arme spécifique.

Une présentation en quelque sorte du partenaire de Poncho, qui me semble être un curieux custom ne faisant, en l’état, référence à aucun modèle existant selon ma modeste culture sur le sujet. Par ailleurs, Poncho servira de traducteur pour communiquer en espagnol avec Anna, une captive récupérée lors de l’assaut du camp militaire. Il sera également le dernier homme de Dutch à être abattu par le Predator.

Poncho incarne parfaitement le soldat d’élite dans le film. Physique affuté, spécialisation en armement, il s’accrochera courageusement à la vie jusqu’au bout malgré de lourdes blessures. Une aura qui provient peut-être du fait que l’acteur qui joue le rôle, Richard Chaves, est un vétéran de la guerre du Vietnam.

 

 

Plus globalement, la séquence introductive de l’hélicoptère est littéralement indissociable de deux éléments. D’abord une couleur rouge générée par l’éclairage intérieur. Il en ressort en filigrane une évocation sanguine du massacre qui attend les passagers du vol.

Ensuite le traitement musical de la scène fait référence à un morceau anthologique de Little Richard, Long Tall Sally (1964). Un rock endiablé aux accents vintage qui souligne avec tonus les différents profils des soldats de Dutch.

Partir en mission militaire sur de la musique peut-être interprété de mille et une manière : une routine installée propre à des spécialistes, un moyen de se motiver, une dimension têtes-brulées, l’annonce d’un carnage etc… c’est sans fin. A titre personnel, j’apprécie particulièrement le détail du bon vieux poste à cassettes fixé à l’aide d’une barre de fer dans l’hélicoptère qui emmène Dutch et ses hommes au cœur de la forêt Guatémaltèque.

 

 

De manière plus pragmatique, la séquence introductive de l’hélicoptère dans Predator fait clairement référence au film Apocalypse Now (1979). Précisément à travers l’implantation d’une composition musicale célèbre dans une scène incluant des hélicoptères. Le parallèle est également à faire concernant les plans, le cadrage et le modèle des hélicoptères utilisés. Je pense que ce sont des Iroquois dans les deux œuvres. À confirmer.

Ainsi Coppola avait introduit la Chevauchée des Walkyries de Wagner dans la séquence des hélicoptères. Par ailleurs, on peut subtilement adjoindre la couleur rouge évoquée précédemment à l’affiche du film Apocalypse Now.

Il est également intéressant de citer l’œuvre Good Morning, Vietnam (1987) qui associe, selon une histoire vraie, musique rock ‘n roll et guerre.

 

 

Enfin, avant de conclure, je ne résiste pas au plaisir de prélever quelques phrases fleuries et autres formules triviales dans le film Predator. À une époque aseptisée où il n’est plus possible de dire quoi que ce soit sans froisser quelqu’un, le petit medley qui va suivre pourrait bien être oxygénant :

 

Blain : Bon Dieu vous êtes qu’un ramassis de lopettes ici ! Faîtes-vous les mâchoires avec ça et vous banderez comme des dinosaures ! Regardez moi !

Cette saloperie s’est cachée là-dedans comme un morpion au cul.

T’as raison c’est quelque chose ce merdier. Ce putain de Cambodge c’était d’la tarte à côté.

Si t’es coincé ici, t’es dans la merde grand un.

Y’a d’la monnaie à rendre !

Poncho : Ah oui et ben colle-toi ça au cul et ramone !

Tu devrais peut-être la tenir en laisse James Bond !

D’ailleurs cet hélico qu’ils se le mettent au cul !

C’est pas un hélico normal ce taxi. 

Dillon : C’est vraiment dégueulasse cette habitude de chiquer.

Je savais pas à quel point ça me manquerait ces conneries.

Qu’est-ce que t’as fait à Hawkins salope !

Enculés de fonctionnaires !

Ce mec est cinglé, il a le crâne qui est ramolli. 

Si on te suit, Blain et Hawkins se sont faits baiser par un lézard. 

Et maintenant t’essaies quoi ? Un sucre ? 

Tous en piste les clowns !

Ça va mon trésor, fais pas ce numéro de chochotte. 

Dutch : T’as jamais rien su crâne de puce.

Aiguise-moi ça !

Tu nous as expédié tous les six au massacre avec un roman à la con !

T’as pas une gueule de porte-bonheur !

Mac : Arrête de déconner face de nœud,  j’en ai rien à foutre que tu sois un ponte. Si on nous repère ça va être ta fête. J’te pète la nuque entre les doigts et j’te laisse crever, alors fais gaffe !

Bordel de merde ouf ! Pute de pute de pute de pute ! J’ai vu d’la merde question brousse pourrie mais pire que celle-là,  faut chercher. 

J’t’ai eu fils de pute !

J’te tiens sale merdeux !

Contact ! Enfoiré !

Billy : C’est coton, j’y enverrai pas un chien vérolé.

J’ai la pétoche Poncho. 

Hawkins : Billy ! Tu la connais celle-là ? Le mec est en train de brouter sa nénette et il lui dit, merde il est énorme ton minet, merde il est énorme ton minet. Elle dit pourquoi tu l’dit deux fois ? Et il dit j’lai dit qu’une seule fois. Tu suis ? C’était juste l’écho !

Et Billy ! Billy ! Ecoute ça. C’est le mec qui va chez sa poule et il lui dit t’aurais envie d’une p’tite minette ? Et elle dit et comment ouais, la mienne est comme un garage ! Tu suis ? Elle dis ça par ce qu’elle a une minette qui est grand comme un… garage. 

 

 

Epilogue

On pourrait faire un livre sur cette séquence de l’hélicoptère comme sur le film qui la contient. Aujourd’hui ma volonté n’était pas d’être exhaustif mais plutôt de partager simplement avec vous un souvenir cinématographique que je considère comme jouissif. Je tiens également à préciser que les idées et les parallèles modestement développés dans cette production ne proviennent pas d’un quelconque site ou d’analyses déjà rédigées. Je mets un point d’honneur à ne jamais réciter des fiches Wikipédia mais plutôt à proposer un contenu personnalisé.

Le film Predator de McTiernan est une œuvre remarquable que notre époque actuelle aurait très certainement rejetée. C’est bien dommageable car, parfois, il faut savoir prendre de la hauteur. S’offrir des parenthèses de décontraction en accueillant la caricature comme un style humoristique, et non pas comme une offense, me semble vital.

Aussi, je porte fièrement au cœur le premier film Predator car il est divertissant, dépaysant et tellement immersif. Il évoque également des valeurs telles que la cohésion, la fraternité ou encore le courage. Certains, comme j’ai pu le lire, n’y voient que machisme, virilisme oppressif, suprématisme blanc, homophobie ou je ne sais quels autres maux devenus obsessionnels. C’est une grille de lecture que je trouve intégriste, anachronique, avec des accents revanchards, et qui nie foncièrement l’esprit comme la dimension fictive de ce petit chef-d’œuvre inscrit pour l’éternité dans le registre des films d’action made in 80.

Cependant, ma sacralisation du Predator de 1987, associée à la détestation que j’éprouve pour les suites, ne me fait pas pour autant oublier les deux excursions filmiques opposant xénomorphes et chasseurs extraterrestres. Le double traitement cinématographique Alien vs. Predator apparaît comme une digression divertissante – un cross-over entertainment issu des comics – mais que je place bien volontiers en marge des licences officielles Alien et Predator. Ce n’est qu’un point de vue bien entendu.

Je vous donne rendez-vous d’ici peu afin d’évoquer ensemble d’autres séquences du petit et du grand écran. Merci à tous pour vos lectures. Cette production est spécialement dédiée à Mindmaster ainsi qu’à Luc ”BillyFrancini et Sofia.

 

 

16 comments

Cette course au produit formaté, menée par des compagnies comme Disney qui ne veulent surtout pas déplaire, disqualifie les films tout simplement divertissants d’une époque qui apparaît rétrospectivement permissive. Cela me fait un peu penser à l’histoire du camembert au Japon, pays sans tradition fromagère, où l’on préféra dénaturer le symbole normand que ne pas le vendre, pour répondre à un goût subtil mais peu habitué aux saveurs puissantes. Cela s’ajoute, dans le cas de Predator, au tribunal socio-médiatique où le combat contre les intolérances vire à l’intolérance, quand il interdit ce qu’il interprète comme des discriminations, à la lueur de principes actuels et au moyen de méthodes douteuses. Et je me demande, à la lecture des citations que tu as choisies, si la mort de l’humour n’est pas la petite mort de l’intelligence…

Nicko says:

Je pense Nicolas que l’ère du 21ème siècle est celle de l’indignation. Voilà une nouvelle discipline qui se professionnalise davantage chaque jour, principalement dans le creuset des réseaux sociaux, et qui n’est que le bras armé d’une déconstruction culturelle. Certains souhaitent, à travers un révisionnisme tristement assumé, refaire la grande Histoire en s’attaquant, notamment, aux petites histoires. Ainsi la dimension fictive d’une œuvre, sa temporalité ou encore l’humour, seront broyés par une machine infernale destinée à produire de la culpabilité. Car effectivement si l’on s’indigne, c’est que l’on est par essence garant de la dignité et que tout ce qui s’oppose à nous est donc l’abominable. Toute une mécanique, usée jusqu’à la corde, notamment dans le domaine de la politique.

D’autre part, contextualiser c’est comprendre sans pour autant justifier et entériner. Aussi, toute œuvre, qu’elle soit cinématographique, littéraire ou encore musicale, est intimement rattachée à un environnement. En niant celui-ci, en lui appliquant des grilles de lecture d’un autre temps, on ne fait que nourrir l’anachronisme, le contresens et parfois même des interprétations très idéologisées.

Par ailleurs, la connerie c’est la décontraction de l’intelligence disait Serge. De temps en temps, sachons nous accorder le bénéfice de la connerie, en toute conscience, j’insiste. Ce bénéfice pourrait être l’humour, le rire tout simplement. Et c’est peut-être la meilleure façon de définir la plupart de ces formules triviales présentes dans Predator. En acceptant avec lucidité de se laisser emporter dans un contexte fictif, on se surprend à rire, de manière jouissive, à ce qui n’est finalement qu’un divertissement.

Pourtant, de nos jours, certains en arrivent malheureusement à brûler des livres et des bandes-dessinées. Une pratique qui renvoie de manière très préoccupante à des périodes dramatiques de l’histoire humaine. Faire en 2021 le procès d’Hergé, de Goscinny, d’Uderzo ou de Morris, me semble être une folie. Et “canceller” Tintin au Congo, c’est à la fois nier un contexte tout en se privant d’un outil, qui, s’il est utilisé avec pédagogie, pourrait sensibiliser un jeune lectorat à certaines dérives historiques comme sociologiques. La cancel culture ou le paroxysme de la contre-productivité.

ayorsaint says:

D’abord, content que tu classes Alien 3 comme un vrai Alien. Voilà c’est dit.
Ensuite, j’ai revu ce film l’année dernière et s’il a effectivement pris des rides au niveau des dialogues et des blagues qu’on ne saurait proposer aujourd’hui dans une grosse production, au niveau de la mise en scène, par contre il en impose encore à beaucoup…
Merci enfin pour ce papier plein de nostalgie et surtout plein d’irrévérence bien comme je les aime. Satané 21ème siècle qui se prend trop au sérieux avec son extrémisme bien-pensant… la chute n’en sera que plus lourde.

Nicko says:

Merci à toi mon Aurel pour ton intervention 🙂

À quel titre Alien 3 ne serait pas un ”vrai Alien” ? Il s’inscrit pleinement dans la continuité scénaristique des deux précédents opus, il est sous licence officielle et il aurait du mettre fin de manière définitive à la saga avec le suicide sacrificiel de Ripley. Pour être honnête avec toi, j’ai détesté Alien cube lorsque je l’ai visionné pour la première fois il y a plus de vingt ans. Je pense que ce film est à l’image d’un vin aux arômes complexes, il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour cerner toutes les subtilités et finalement apprécier une formule à la fois déstabilisante et familière.

Alien 3 n’est pas une œuvre difficile à appréhender sur le plan scénaristique, mais elle entre clairement en conflit avec l’opus précédent et il faut digérer une véritable régression en termes d’action, d’environnements et de présence concernant les xénomorphes. On retourne finalement aux fondements posés par le huitième passager avec la présence d’un seul Alien, peu de moyens pour le combattre et un biotope relativement circonscrit. Aussi, et selon ma remarque introductive, un cycle se boucle naturellement à travers ce retour aux sources qui valorise particulièrement une esthétique et une atmosphère au détriment de l’action.

Je ne partage pas ton sentiment Aurel concernant le vieillissement des dialogues et de l’humour dans Predator. Bien au contraire, la mise en perspective avec notre aseptisation moderne rend d’autant plus savoureux et originaux ces échanges. Ce n’est que mon ressenti bien entendu. En revanche je te rejoins pleinement sur le fait que les grosses productions actuelles ne prendraient pas le risque d’inclure dans leurs œuvres toutes ces références que nos contemporains haïssent.

ayorsaint says:

On s’est mal compris. Quand je dis qu’ils ont vieilli ce n’est pas pour dire qu’ils ne sont pas savoureux mais bien qu’ils n’ont plus leur place à notre époque. Et je le regrette tout comme toi.
Alien 3, justement, de par son esthétique, comme tu le soulignes très justement, et par son ambiance malsaine est celui que je préfère visionner de temps en temps.

Nicko says:

Aucun souci mon Aurel, pardonne-moi si j’ai mal compris. Oui, Alien 3 a clairement une atmosphère insalubre et malsaine, particulièrement soulignée dès le début du film d’ailleurs, notamment à travers l’autopsie d’une enfant, Newt. Ripley aura également un rapport à la sexualité très marqué dans ce troisième opus, tantôt à travers le consentement, tantôt à travers la contrainte. Le viol, thématique forte de la licence Alien, fera de certains hommes des monstres au même titre que ceux conceptualisés par Giger. L’opus cube est tragique, asphyxiant, insalubre et méphitique. Un excellent film malgré des carences techniques concernant le traitement des images numériques. Un écueil de forme pardonnable tant le fond est intéressant. Il y aurait tant de choses à dire sur ce troisième volet de la saga Alien.

Pika says:

Clairement un film culte, la courte scène du “Aiguise-moi ça !” symbolisant pour moi à elle seule toute la démesure et l’excessivité des années 80 🙂

Nicko says:

Merci Pika pour ta lecture et ton message 🙂

Rambo, Crocodile Dundee, le major Dutch, un véritable concours de lames !

mindmaster says:

Je tiens d’abord à te remercier pour la dédicace. Je me sens profondément honoré d’être ainsi associé à un article d’une telle qualité. Ta description du film en général et de cette scène de l’hélico en particulier fourmille de détails et d’observations judicieuses.

Comme toi, je trouve que les suites n’ont pas été au niveau de l’original. Car franchement, qui peut penser que Danny Glover, déjà présenté dans l’Arme Fatale comme « trop vieux pour ces conneries » pourrait être à la hauteur de Schwarzenegger en pleine gloire ? Par ailleurs, comme tu le rappelais si justement, l’une des choses que j’avais appréciées dans ce film est que Dutch se présente lui-même et son équipe comme des « sauveteurs », qui ne font pas dans l’assassinat. Cela venait tempérer leur côté violent de soldats, car l’utilisation des armes était là pour sauver des vies, et non simplement pour en détruire.

Comme tu l’as également dit, on ne saurait être exhaustif dans les citations, tant dans ce film les répliques fusent et explosent autant que les balles. Je me permettrai donc, modestement, d’en rappeler également quelques-unes que j’avais appréciées, qui me semblent représentatives, et que je n’ai pas lues sous ta plume. Prédator m’a également beaucoup marqué (dans le bon sens du terme), et je l’ai vu un certain nombre de fois plus jeune, mais mon dernier visionnage remonte bien à 15 ans. Je les citerai donc de mémoire, en demandant votre indulgence si la fidélité n’est pas exemplaire.

Dillon : « Y’a un enfoiré qui prétend que t’es le meilleur. »
Dutch : « Dillon ! Sale petit enfant de putain… (ils font un bras de fer en l’air) T’es ramolli ! La CIA te fait bosser dans la paperasserie ? »
Dilon « Je me retiens pour pas te casser le poignet »

Poncho à Blain « T’es touché, tu pisses plein de sang. »
Blain « Une goutte de sang, ça me gène pas »
Poncho (lance une grenade avec son arme et fait exploser une tour ennemie) « et si ça pète, ça te gène ? »

Mac « Je vais lui tatouer ton nom sur le ventre avec mon couteau »

Et enfin sans doute ma préférée :

Dutch « S’il peut saigner, on peut le tuer ».

Je voudrais également profiter de l’occasion pour saluer le travail remarquable de la VF, qui traduit par exemple le assez plat « you’re an ugly motherfucker » de Schwarzy découvrant le visage du Predator, en « t’as pas une gueule de porte-bonheur », que je trouve infiniment plus original, décalé et inspiré, surtout à ce moment du film.

Dans un autre ordre d’idées, j’aimerais également parler de deux points du film assez marquants de mon point de vue, et qu’on trouve ce me semble malheureusement assez peu cités et analysés quand on parle de Predator. D’abord, le « strip tease « progressif de Scharzy tout au long du film, si je puis m’exprimer ainsi, qui peut passer inaperçu jusqu’à la fin quand on regarde le film, mais qui m’est apparu clairement en regardant des photos de différents moments de l’histoire. En effet, Dutch commence sa mission habillé et armé de pied en cap. Puis, au fur et à mesure, il enlève sa chemise, puis son gilet, et perd progressivement toutes ses armes, jusqu’à se retrouver seul face au Predator en étant torse nu et équipé d’un simple couteau. Et le dernier acte du film montre bien que ce n’est pas grâce à des armes surpuissantes ou une technologie sophistiquée que Dutch parviendra à vaincre son adversaire, lui-même équipé d’une technologie extraterrestre futuriste, mais grâce à la fabrication d’armes et de pièges faits à partir d’éléments naturels (bois, lianes…), à sa force et à son ingéniosité. Ce « retour à la nature » progressif du personnage, qui triomphe grâce à ses propres capacités et non grâce à son équipement, me semble une morale témoignant d’un film bien moins « bourrin » que ce qu’on veut en retenir.

Et justement, pour confirmer que ce film possède plusieurs niveaux de lecture, j’aimerais revenir sur la scène de la « déforestation » que tu mentionnais, et qui reste pour beaucoup comme l’une des plus marquantes du film. Or d’après ce que j’ai entendu, en réalité, John Mc Tiernan n’aime pas les films d’action de l’époque, qu’il trouve justement trop « bourrins ». D’ailleurs, on peut noter qu’à part la démolition en règle du camp des guérilleros au début du film, ce dernier ne compte quasiment pas de fusillades ou d’explosions. En réalité, c’est plutôt un film d’ambiance, la jungle devenant un élément de plus en plus oppressant au fur et à mesure que les hommes de Dutch prennent conscience de la menace qui s’y tapit et les y guette. Mais justement, cela ne plaisait pas trop aux producteurs, et lorsque Mc Tiernan leur a montré ce qu’il avait déjà tourné, ils ont trouvé que ça manquait de « punch ». Donc Mc Tiernan a tourné cette scène, qu’ils ont adorée, mais qui visait en fait à être une parodie. En réalité, si l’on y réfléchit un peu, cette scène est l’anti-scène d’action par excellence, et une critique (voire un doigt d’honneur) à toutes les scènes de ce type. Car en dépit de toutes leurs armes, des centaines de cartouches tirées, des grenades… ils n’ont touché que des arbres, et ont à peine été capables d’égratigner le Predator. Autrement dit, cette scène est l’illustration parfaite de la formule « beaucoup de bruit pour rien ». Et quand on met cette scène en relation avec la fin du film que j’ai évoquée plus haut, où l’on voit de quelle efficacité Dutch peut faire preuve avec un simple couteau, on ne peut que reconnaître la critique faite par Mc Tiernan des autres films d’action des années 80, et la dénonciation de l’inanité de toutes ces armes bruyantes et destructrices.

Enfin, à ceux qui reprochent aux films d’action « décomplexés » des années 80 leur « masculinité toxique » qui influencerait négativement les jeunes esprits influençables et contribueraient à entériner des clichés machistes, je signalerai simplement que c’est la génération qui a grandi avec ces films qui actuellement écrit, produit, réalise et interprète les films « woke » et politiquement corrects qui sont maintenant encensés. Comme quoi, avoir apprécié des modèles de « masculinité toxique » pendant son enfance n’empêche pas d’avoir un cerveau, de faire la part des choses et de contribuer à faire progresser les mentalités.

Nicko says:

Je t’en prie Mindmaster, j’ai été très heureux de t’associer à ce papier 🙂

Tu es bien indulgent avec ma production en la considérant comme qualitative. Elle a été écrite sur un coin de table et j’ai pris un plaisir non-dissimulé à relever les quelques trivialités concernant les échanges présents dans Predator. Ton message vient, avec pertinence, enrichir mon modeste papier avec des grilles de lecture complémentaires très fines, comme à l’accoutumée, et auxquelles je souscris sans exception. Comme mentionné dans l’épilogue, je crois qu’il serait assez facile de faire un livre sur l’œuvre Predator tant elle suggère des réflexions et des thèmes pluriels. Comme quoi, une œuvre de fiction qui peut sembler de prime abord assez superficielle renferme parfois des considérations bien plus profondes que son scénario ou encore ses dialogues.

Lorsque j’ai répondu à Nicolas dans mon précédent message, j’ai évoqué un siècle sous le signe de l’indignation. J’ai été maladroitement imprécis. J’aurais du ajouter l’adjectif sélective car l’indignation en tant que telle peut très bien être justifiée dans plusieurs cas de figure. La formule augmentée incluant le terme sélective suggère une certaine malhonnêteté intellectuelle qui est, entre autres, l’apanage de la culture woke. Je viens de perdre les huit derniers cheveux encore présents sur mon crâne juste en écrivant cet anglicisme et je ressemble désormais trait pour trait à Mammouth (bon en fait il n’en restait que 4 -_-‘).

Sans entrer dans des développements trop longs, comment est-il possible, raisonnablement et intellectuellement, de considérer qu’un personnage FICTIF – et/ou une œuvre FICTIVE – soient toxiques, suprématistes, machistes ou je ne sais quoi d’autre, en les projetant dans la réalité afin d’en faire leur procès ? C’est littéralement une ânerie sans réserve et surtout sans fin car on trouvera toujours quelque chose de toxique dans une œuvre fictive, à un moment ou à un autre. Sans compter le fait que certains rôles campent volontairement des personnages indissociables de leurs excès pour des raisons scénaristiques. Parallèlement, partons du postulat outrancier que les spectateurs ou les lecteurs contemporains seraient à ce point ignares et décérébrés qu’ils choisiraient majoritairement de corroborer à des dérives mise en scène fictivement pour en faire des lignes de conduite. Il faudrait donc produire uniquement des œuvres/personnages fictifs à partir de l’A.D.N des Bisounours afin de préserver l’humanité ? Au risque que la ligue de défense des oursons arc-en-ciel se porte partie civile.

Je me souviens avoir lu un article il y a quelques années qui expliquait dans la plus grande des sérénités que Dark Vador était une icône à caractère raciste car sa chromatique générale stigmatisait la population africaine en associant le noir au mal. Bon, là c’est de l’art grand un, comme dirait Blain. Alors j’espère quand même que ce genre de réflexions lamentables restent minoritaires.

Finalement ces inquisiteurs hystériques des temps modernes, selon l’idée de sélection évoquée précédemment, choisiront, à leur bon vouloir, quelles œuvres de fiction ou quels personnages fictifs seront toxiques, à grands coups de raisonnements – si j’ose dire – arbitraires, anachroniques, absurdes ou idéologiques. Soyons clairs : faire progresser les mentalités dans certains domaines est une volonté honorable à laquelle je souscris sans aucunes réserves. Mais prenons garde à ce que le progrès ne devienne pas le progressisme. Si tel était le cas, alors nous connaitrions des dérives aussi contre-productives que dévastatrices.

Pardonne-moi Mindmaster pour ce message qui peut sembler amer, il n’est qu’un cri d’alerte et j’espère que les aberrations pointées du doigt ne concernent qu’une minorité. Par ailleurs, si tu en as l’envie et le temps, je serais très heureux de partager un temps d’écriture avec toi à propos d’une séquence cinématographique ou télévisée que nous déterminerions ensemble. Une collaboration qui permettrait d’enrichir mes modestes gribouillages avec tes grilles de lecture travaillées. Qu’en penses-tu ? 🙂

mindmaster says:

Je te remercie pour ta proposition. Une collaboration pourrait être une expérience intéressante, je n’ai encore jamais écrit d’article à quatre mains. Mais en ce moment, ça va être compliqué, car si les débuts d’année scolaires sont assez calmes en ce qui me concerne, je vais récupérer mes premiers paquets de copies à la fin de la semaine, puis les enchaîner, et il me restera donc très peu de temps libre ces prochaines semaines. Pendant les vacances de la Toussaint, même si j’aurai encore des corrections, je pense qu’il sera plus facile de trouver du temps pour cela, si tu es dispo. Comme partage et analyse cinématographique, je penserais notamment à certaines scènes de Conan le barbare qui montrent en filigrane une assez bonne critique des religions, et surtout du fanatisme ou de l’intégrisme religieux. Plus globalement d’ailleurs, je pense que ce film est par trop sous-estimé, et recèle beaucoup plus de contenu qu’on ne lui en prête généralement. Ça pourrait nous faire une base, mais je suis ouvert à toute proposition.

Nicko says:

Merci Mindmaster pour ton retour favorable. A titre personnel, je serais très heureux de collaborer avec toi. Je t’invite à lire, si ce n’est déjà fait, le thème de la gastronomie dans la pop culture, une idée de Nicolas Fleurier à laquelle j’avais modestement apporté ma contribution. L’expérience était très agréable et surtout j’ai beaucoup appris de Nicolas. D’où l’intérêt de travailler en groupe. Une approche fédératrice qui m’est chère mais également nourrissante et je sais que travailler avec toi m’apportera énormément.

Ta suggestion évoquant le film Conan le barbare me convient parfaitement. Je pense connaître cette œuvre assez bien mais de nouveaux visionnages seront tout de même nécessaires. J’avais réalisé il y a quelques années un travail pour La Gazette du Jouet Vintage mêlant la gamme de jouets Maîtres de l’Univers et le film Conan le barbare, essentiellement pour souligner des thématiques culturelles. Si tu as quelques minutes entre deux corrections de copies, je t’invite à lire cette production et pourquoi pas me communiquer un ressenti.

Merci de nouveau Mindmaster 🙂

jp says:

Film jamais vu, du coup ça m’a donné envie.

Nicko says:

Fonce JP, tu vas passer un excellent moment surtout si tu apprécies l’action, la science-fiction, les univers militaires et les caricatures testostéronées. N’hésite pas à revenir ici nous poster un commentaire concernant ton ressenti sur le film. Je serais très heureux de connaître ton avis 😉

jp says:

Enfin terminé de le voir. C’est du tout bon pour moi, pour un film de cet âge je ne me suis pas ennuyé. La tension montait crescendo, l’ambiance forêt tropicale et le jeu des acteurs m’ont mis dans le film rapidement. Il faut mériter et être patient pour voir enfin notre monstre préféré en entier, ce dernier étant très timide 🙂 Je ne savais pas que ce dernier était imitateur (à la fin).

Nicko says:

Ah ah voilà un retour qui me fait extrêmement plaisir JP ! 😀

C’est peut-être tout le charme de certaines productions cinématographiques à frissons des années 70 et 80, avec une approche progressive concernant la découverte d’un ennemi ou d’un danger. Les Dents de la mer constitue un très bon exemple et bien sûr l’Alien de 1979. Encore une fois la notion de temps est capitale et justement dans ces œuvres on donne du temps au temps. Un développement de la tension se créé de manière crescendo et finalement le spectateur reste davantage captivé en espérant attraper à l’écran des informations visuelles plus ou moins significatives concernant un danger latent.

Alors effectivement certains diront que les possibilités techniques des années 70 et début 80 ne permettaient pas de mettre trop ostensiblement en avant une créature, au risque de porter à la lumière des défauts visuels. C’est vrai, mais ceci dit il y a tout de même un esprit qui mêle avec subtilité frisson, angoisse, peur et suspense. Un véritable savoir-faire qui a possiblement tendance à disparaître tant la technologie ouvre toutes les portes. C’est pour cela que je privilégierais toujours un livre à son portage filmique. Notre propre imaginaire créera nos meilleures représentations, en l’occurrence de la peur, là où des images sur un écran peuvent, parfois mais pas toujours, trahir une œuvre ou en tout cas la vision que l’auteur avait de celle-ci.

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