Obi-Wan Goscinny : deux expos parisiennes

René Goscinny est décédé il y a tout juste 40 ans, le 5 novembre 1977 lors d’un test d’effort chez son cardiologue. C’est peu de dire à quel point nous lui devons énormément dans de nombreux domaines. Deux expositions parisiennes très complémentaires (au Musée d’Art et d’histoire du judaïsme – MahJ, et à la cinémathèque française) lui sont consacrées et méritent vraiment le détour pour tous les fans de BD mais pas seulement.

En effet si Goscinny est mondialement connu surtout pour Astérix, Lucky Luke et Iznogoud (ainsi que, dans une moindre mesure, pour le Petit Nicolas), ses prolifiques activités liées au cinéma, à la découverte de nouveaux talents (quand il dirigeait Pilote notamment) ou encore à la télévision sont parfois occultées par ses emblématiques héros de papiers.

L’exposition au MahJ a le mérite d’explorer le Goscinny d’avant les grands succès : ses origines juives, son environnement familial dans le milieu de l’édition, son enfance à Bueno Aires puis ses galères à New York. Richement documentée, l’exposition nous fait découvrir d’abord un dessinateur, extrêmement cultivé et féru de cinéma. C’est parce qu’il a rencontré rapidement des personnes dont il estimait qu’elles dessinaient mieux que lui qu’il est progressivement passé à la scénarisation de Bandes Dessinées. On voit toutefois au MahJ plusieurs livres pour enfants dessinés par René Goscinny et publiés aux Etats-Unis. Sa rencontre avec le dessinateur humoriste Harvey Kurtzman est déterminante dans son parcours : il y forge avec plusieurs amis son humour impeccable, parsemé de comique de situation et/ou de jeux de mots. La suite de l’expo montre les nombreuses collaborations que Goscinny a pu avoir non seulement avec Morris (Lucky Luke) ou Uderzo (Oumpah Pah, Pistolet puis, bien sûr, Astérix !) qu’avec d’autres auteurs comme Franquin (Modeste et Pompon), Jijé, Giraud, Druillet, Alexis, Gotlib (les fameux Dingodossiers !). Goscinny excelle aussi bien dans le gag court de quelques strips que dans le récit plus développé. L’espace consacré au Petit Nicolas permet d’écouter le texte ciselé illustré par Sempé lu par des comédiens comme Benoît Poelvoorde.

Axe complémentaire mais bien plus ciblé à la cinémathèque : comme son nom l’indique, on est plus sur les liens entre Goscinny et le cinéma ! Petit rappel, Goscinny aurait rêvé lors de son passage aux Etats-Unis de bosser avec Disney (“mais malheureusement Disney ne le savait pas” ajoutait avec malice le scénariste). Du reste, sa passion pour le cinéma apparaît comme un fil conducteur de toute son œuvre. Vers la fin de sa trop courte vie, il crée les studios Idéfix et se lance dans des longs métrages de qualité (les 12 travaux d’Astérix puis la Ballade des Dalton). Mieux, après sa mort, son empreinte et son style d’humour se poursuivent dans certaines œuvres comme le chef d’œuvre d’Alain Chabat, Astérix et Obélix Mission Cléopâtre ou le Petit Nicolas de Laurent Tirard. L’expo présente de beaux décors et costumes notamment la robe de Monica Bellucci, faisant écho aux tenues d’Elisabeth Taylor dans Cléopâtre. L’expo fait la part belle à des écrans interactifs permettant de voir de quels films les BD, notamment Lucky Luke, se sont inspirés. C’est l’occasion de revoir des extraits de Westerns qui donnent envie de regarder dans la foulée les films entiers comme au temps de La Dernière Séance ! La visite se termine avec des initiatives moins connues du scénariste : ses scénarii de films tapés à la machine (le Viager, en tête) ou son incroyable série intitulée Minichronique, diffusée sur TF1 fin 1976 et fin 1977 à laquelle participait un certain… Pierre Desproges. Dans un coin, un casque audio permet d’écouter un document émouvant : le dernier enregistrement de Goscinny, la veille de sa mort le 4 novembre 1977, durant une réunion sur l’avancement du film La Ballade des Dalton (qui sortira à titre posthume).

A l’issue de ces expositions remarquables, on est frappé par le destin spectaculaire de ce petit bonhomme inventif qui fourmillait d’idées de gags et d’histoires. Goscinny était un inventeur de génie qui aurait pu, si le destin n’avait pas raccourci tristement sa vie (a-t-il eu le temps de voir La Guerre des Etoiles sortie à Paris le 19 octobre ?), devenir une sorte de Walt Disney ou George Lucas français, à la tête d’un empire du rire et d’un royaume de héros souriants et rigolards…

Info pratiques :

 

 

1 comment

Blaster says:

Magique, cette présentation des expos.

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